Airbus: Sauveur de la Série C ou son fossoyeur définitif?

Publié le: 19 octobre 2017

Classé sous: Aéronautique, Nouvelles

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Depuis l’annonce que Airbus a repris la Série-C on assiste depuis quelque jours à un concert de déclarations des politiciens au pouvoir à l’effet que  c’était  »un geste nécessaire » (Philippe Couillard, premier ministre du Québec), qu’il  »permet la survie de l’industrie aérospatiale » (François-Philippe Champagne, ministre du Commerce international) et que ce serait la  »meilleure solution » (Dominique Anglade, vice première ministre du Québec). Pour ce qui est des politiciens de l’opposition, ils ont justement mis en évidence le fait que Airbus a pris le contrôle sur le programme sans débourser le moindre sou.

L’essentiel a été perdu de vue…ou volontairement ignoré!

Aucun des politiciens ne semble avoir contesté la prémisse à l’effet qu’Airbus est une compagnie solide qui existera encore dans 10, 20 ou 30 ans.  C’est seulement sur cette base que la transaction qui a eu lieu peut se justifier, et ce, juste pour sauver quelques emplois à court terme. En effet si Airbus a donné quelques maigres garanties sur l’emploi au Québec chez les employés de la nouvelle compagnie qui gère le projet de la Serie-C (environ 2000 personnes) aucun engagement permettant d’assurer les emplois chez les sous-traitants québecois (bien plus nombreux) ne semble avoir été donnée.

Regardons maintenant de plus prés cette prémisse de départ: Airbus est présentement embourbée dans une crise sans précédent: Tom Enders, le PDG du groupe et le mème qui a négocié l’entente avec Bombardier et le Gouvernement du Québec, est visé par des enquêtes dans plusieurs pays européens pour corruption, au point où les gouvernements nationaux, et non les moindres, ont entamé des démarches pour protéger l’entreprise, d’autant plus que cette situation pourrait aboutir au paiement d’une mega-amende de plusieurs milliards d’Euros.  Par ailleurs, le carnet de commandes de Airbus est beaucoup moins bien rempli que par le passé, semble-t-il en raison de décisions prises par ce même Tom Enders.

Que les politiciens québecois soient ou ne soient pas au courant ou de ces déboires peu importe, il est certain les dirigeants de Boeing et les hauts fonctionnaires américains suivent ce dossier de près

Bilan

Du point de vue de Airbus, cette opération lui aura permis de récupérer un programme ayant couté presque dix milliards de dollars pour absolument rien. De plus, cela lui permet de détourner l’attention des médias, des investisseurs et des régulateurs à un moment extrêmement délicat en raison de ses déboires légales et commerciales.

Du point de vue de Boeing, de Trump et du département du commerce américain ce n’est que partie remise. Ils ont perdu une manche, mais ils ont néanmoins tué dans l’œuf un petit concurrent qui aurait pu devenir grand si une nouvelle équipe de gestion l’avait pris en charge. De plus, leur approche basée sur l’intimidation a eu du succès même si le dénouement n’a pas été exactement celui qu’ils souhaitaient.

Du point de vue de la famille Beaudoin-Bombardier la prise en charge par Airbus du programme Serie-C ne constitue pas le dénouement idéal mais cela leur permet d’arrêter l’hémorragie de capitaux et de garder le plein contrôle de la maison-mère. Plus important encore, leur obstination à vouloir garder le contrôle jusqu’au bout malgré leur gourmandise démesurée et leurs couteux échecs à répétition ne sera pas sanctionnée.

Du point de vue des politiciens au pouvoir au gouvernement fédéral leur inaction et notamment leur volonté de ne pas s’imposer sur la direction de Bombardier sur la base d’une politique industrielle claire a mené à ce résultat absolument inacceptable pour le Québec et pour le Canada. Espérons au moins qu’ils n’achèteront pas le moindre F-18 de Boeing.

Du point de vue des politiciens au pouvoir au gouvernement provincial leur déférence vis-a-vis de la famille Beaudoin-Bombardier, assortie d’un placement forcé dans le programme payé par tous les contribuables québecois, a abouti, comme il était parfaitement prévisible à un résultat catastrophique pour la population québecoise. S’ils avaient vraiment agi dans l’intérêt de la population québecoise ils auraient pris le contrôle de toute l’entreprise Bombardier, par une loi spéciale si nécessaire, et auraient été en bonne posture pour négocier avec Boeing ou avec Airbus d’égal à égal, et profitant des faiblesses importantes des deux. Paieront-ils le prix pour leur incompétence aux prochaines élections? Il est permis d’en douter: Ils ne semblent pas très douées en calcul pour tout ce a trait aux intérêts des citoyens, mais manifestement ils le sont en ce qui a trait à l’organisation de campagnes électorales financées ou appuyées par des gens fortunés et influents, aidés aussi en cela par un système électoral digne du Moyen Age.

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