Boeing et Bombardier: Arrêtons de pleurnicher et réglons le problème

Publié le: 27 septembre 2017

Classé sous: Nouvelles

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Le couperet est tombé

Suite à la plainte de Boeing le département américain du commerce a statué que les subventions versées par les différents gouvernements (provincial, fédéral, Britannique) font qu’à son avis le C-Series de Bombardier ne respecte pas les  »règles anti-dumping » et que par conséquent les acheteurs des appareils devront payer une surtaxe de 219,63 %.

Surprise? Juste pour les naïfs…

Le concept de justice est parfaitement étranger aux systèmes d’arbitrage commerciaux nationaux et internationaux: Ils ne sont que des outils de négociation dans les mains de ceux qui ont le plus de pouvoir, le plus de temps et le plus d’argent. Or, le gouvernement américain a toujours été extrêmement protectionniste et il l’est encore plus depuis que Trump a été élu.  Cette conclusion du département du commerce US ne faisait donc aucun doute, même si elle ne repose sur aucune logique.

En fait elle dénote une certaine hypocrisie, voire une hypocrisie certaine, puisque le modèle de soutien aux industries aéronautiques (et autres) des USA est basé bien plus sur les commandes militaires que sur les subventions directes. Boeing a vendu des milliers de chasseurs F15 et F18 à l’US Air Force et à l’US Navy et continue à facturer pour leur entretien à des prix ridiculement hauts.

Ce sont des subventions indirectes énormes.

Encore pire, sous prétexte d’uniformiser et intégrer les armées de l’OTAN, dont d’ailleurs la mission est désormais parfaitement obsolète, les US tordent le bras à la plupart des pays dans l’alliance (et d’autres) pour qu’ils achètent des chasseurs des fabricants américains aux mêmes prix extravagants (et plus), et ce, alors que des alternatives très valables à prix bien inférieur existent.

Quel est le but de Boeing?

L’avionneur américain n’offre aucun appareil dans sa gamme qui fait la concurrence directe au C-Series  et de plus il n’a même pas soumissionné pour le contrat de DELTA. Il sait donc pertinemment que sa plainte n’est pas fondée.

Alors c’est quoi son but? Plusieurs hypothèses ont été formulées, toutes valables à première vue:

  • Écraser un concurrent potentiel avant qu’il ne se développe. En effet il n’est qu’ une question de temps avant que le CS-100 ne soit suivi du CS-300 et ensuite du CS-500 et du CS-700, qui eux rentreraient dans les plates-bandes des 737.
  • S’assurer que Bombardier n’aide pas les fabricants IRKUT (russe) ou CAMAC (chinois) à obtenir les certifications nord-américaines pour leur nouveaux gros porteurs.
  • Racheter le C-Series à rabais de façon à ne pas avoir à investir dans la conception d’un successeur du 737.

Peu importe la réponse, du fait de leur investissement forcé dans Bombardier imposé par le gouvernement provincial, les québecois et encore plus les employés de Bombardier et de ses sous-traitants qui restent encore au Québec, sont présentement les otages de Boeing, du gouvernement américain et de la famille Beaudoin-Bombardier, aucun de ces joueurs ayant le moindre intérêt en commun avec eux.

Une stratégie d’intimidation vielle comme le monde

Comme l’a brillamment identifié le journaliste Francis Vailles, le temps ne joue pas pour Bombardier, et c’est là-dessus que Boeing et le gouvernement américain se basent. En créant une incertitude sur le coût final qu’une ligne aérienne aura à payer pour les avions de la C-Series il est évident que toute commande potentielle restera sur la glace pendant que cette incertitude perdurera. La tache des avocats de Boeing devient désormais extrêmement facile et consiste à faire exactement ce que tout avocat corporatif sait très bien faire, soit retarder les audiences autant que possible.

On pourrait se consoler en pensant que les avocats de Bombardier se feront servir la même médecine qu’ils ont servi à de nombreuses PMEs québecoises, mais la réalité est qu’il existe un danger réel que Bombardier fasse faillite ou soit rachetée par des intérêts étrangers qui délocaliseraient rapidement toutes les activités. Des mesures musclées doivent donc être prises pour éviter ces scenarios.

Comment réagiront dans la pratique les gouvernements?

Au delà du bruit de fond des déclarations tonitruantes mais insignifiantes de Philippe Couillard, dont le pouvoir de négociation vis-à-vis des américains, mais aussi de la famille «Beaudoin Bombardier, est pratiquement nul, la réaction de Justin Trudeau semble sensée: En menaçant de couper les liens avec Boeing et ne pas acheter les F18 additionnels il a renvoyé un peu de pression dans le sens de Boeing et du gouvernement US en général.

S’il s’agit d’une première étape c’est une bonne approche, mais en connaissant les précédents, le danger est que  aussitôt que Boeing et le gouvernement américain lui lanceront un petit os pour lui permettre de sauver la face il s’écrasera.

Si le fédéral veut vraiment démontrer son sérieux dans ce dossier plusieurs autres étapes sont à prévoir, préférablement déclarées publiquement et avec un échéancier précis, dont:

  • Rapatrier au Québec autant d’activités de recherche et développement et d’activités de production et d’assemblage qui ont été délocalisés aux USA que possible,
  • Favoriser l’achat d’avions de tous les fabricants autres que Boeing par Air Canada et les autres compagnies aériennes à contrôle canadien, dont bien évidemment Airbus, mais aussi le IRKUT MS-21 (russe) et le COMAC C-919 (chinois) aussitôt certifiés tant qu’ils ne compétitionnent pas directement avec la série C.
  • Exclure de façon définitive Boeing (et Lockheed Martin, fabricant du F35)  de l’appel d’offres pour le prochain chasseur de l’armée canadienne. On ne retiendrait que le Rafale, l’Eurofighter et le Gripen. Pour faire bonne mesure on pourrait mémé ventiler l’idée de demander à Sukhoi de présenter une soumission pour des Su-35, bien évidemment sans électronique ni armement.
  • Nationaliser réellement Bombardier pendant toute la période où elle est sous attaque et ensuite la revendre à des intérêts qui s’engagent à des strictes conditions d’emploi et garantissant que la technologie ne puisse être transférée à Boeing ou à n’importe quelle autre entreprise étrangère.

Conclusion

On peut déjà entendre des voix s’élever pour dire qu’aucun de ces gestes ne pourrait être posé en raison de clauses dans l’ALENA, du fait que les gouvernements ne devraient pas interférer dans la gestion d’une entreprise supposément privée ou que l’on risquerait de s’exposer à des représailles autant au niveau commercial qu’en termes de politique étrangère. À ces arguments il faut répondre:

a) Ni Boeing, ni le gouvernement américain n’ont que faire des règles lorsqu’elles ne font pas leur affaire. Ils sont plus gros c’est vrai, mais il ne peuvent se bagarrer avec tout le monde et ils ont besoin du Canada dans beaucoup d’autres dossiers.

b) Qu’ils l’aient voulu ou pas les citoyens québecois ont sauvé l’entreprise Bombardier il n’y a pas si longtemps. La famille Beaudoin-Bombardier a réussi à kidnapper le processus pour imposer ses intérêts dans l’opération. Ce genre de coup ne peut cependant être répété à chaque crise. La famille ferait donc bien à commencer à écouter et à respecter la société québecoise, faute de quoi leurs actions multi-votantes ne vaudront plus que le papier sur lesquelles elles sont imprimées.

c) Il faut une politique étrangère plus indépendante et plus neutre. Être trop proche des USA a couté très cher au secteur aérospatial canadien au cours de soixante dernières années. L’histoire du Arrow se répète encore et encore, limitant fortement la réussite du secteur malgré un potentiel technologique énorme du Québec et du Canada dans le domaine.

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