Élaborer une vraie vision de soutien à l’industrie québecoise

Publié le: 20 avril 2017

Classé sous: Nouvelles

Email this to someoneShare on FacebookShare on LinkedInTweet about this on TwitterShare on Google+

Au cours des dernières années, et surtout au cours des derniers mois, il a été beaucoup question de l’obligation des gouvernement d’aider les  » fleurons » afin qu’ils ne quittent pas le Québec, dont Le Cirque du Soleil, RONA, Uniprix, Bombardier, SNC-Lavalin. Or, les impacts du départ de chacune de ces entreprises sont très différents, autant en termes d’impacts sur l’emploi que sur le Produit National Brut (PNB) futur du Québec. Tout parallèle est donc nécessairement bancale.

Une constatation s’impose néanmoins: La méthode consistant à se refuser systématiquement d’imposer des conditions fermes pour donner accès à certaines entreprises à des aides, des subventions et des facilitations a été un échec lamentable.

Par ailleurs, si l’on prend l’échantillon des cinq entreprises mentionnées ci-haut, les trois premières ont de toute façon changé de mains et les intérêts qui les possèdent sont désormais extérieurs au Québec. L’impact sur l’emploi à court et moyen terme de ces transactions sera probablement négatif, mais l’impact sur le PNB à long terme sera probablement négligeable. En effet, surtout pour ce qui est des entreprises se spécialisant dans le commerce de détail, le Québec perd très peu de savoir-faire technologique, composante cruciale pour la croissance à long terme.

Pour ce qui est des deux dernières entreprises, qui sont d’ailleurs les plus grandes  et les plus importantes, il est évident que les impacts sont majeurs, mais malheureusement le mal est déjà fait. Manifestement toute l’aide donnée à Bombardier, ainsi que l’énorme quantité de contrats publics octroyés à SNC-Lavalin, n’ont abouti à aucun des résultats officiellement recherchés, que ce soit au niveau de l’emploi qu’au niveau du capital technologique. Ceci n’est guère étonnant: le seul lien réel avec le Québec de Bombardier et de SNC-Lavalin, dont d’ailleurs les dirigeants actuels se rappellent à chaque fois qui tendent le chapeau pour obtenir de l’argent appartenant aux citoyens québecois, est purement constitué par les (très anciennes) origines des fondateurs de ces entreprises.

D’après les informations apparaissant dans Le classement des plus importantes sociétés québécoises en 2016, juste 14500 des 59500 employés de Bombardier sont au Québec (24,3%), alors que dans le cas de SNC-Lavalin les chiffres sont respectivement de 3051 vs. 34952 pour un pourcentage de 8.7%. Les présenter comme des fleurons québecois est non seulement inexact, mais intentionnellement biaisé et  intellectuellement malhonnête: Ces entreprises sont des véritables multinationales qui, dans les faits, n’ont pas plus d’attaches locales que BCE ou Ubisoft, par exemple.

Le cas de Bombardier

La nouvelle d’il y a trois semaines à l’effet que les six plus hauts dirigeants de Bombardier s’étaient octroyés des augmentations faramineuses, juste quelques mois après que le gouvernement du Québec, manifestement sans demander des garanties suffisantes au niveau de la R&D et au niveau de l’emploi,ait injecté 3.5 milliards de dollars dans l’entreprise,  a secoué tout le Québec, avec des répercussions même ailleurs au Canada. Suite à des pression de l’opinion publique les dirigeants ont (très) partiellement reculé, mais la réaction du premier ministre Couillard, à l’effet que  »Fondamentalement, c’est une décision qui regarde l’entreprise et ses actionnaires », est symptomatique du fait que le gouvernement actuel a, une fois de plus, remis en évidence le fait qu’il n’existe pas de politique industrielle digne de ce nom au Québec.

Il y a aussi lieu de remarquer qu’en plus d’avoir délocalisé un grande partie de ses activités dans d’autres pays,  Bombardier n’a pas fait montre d’être un bon citoyen corporatif au niveau fiscal au cours des dernières années. Enfin, les rumeurs à l’effet que la division Transports serait à vendre se font de plus en plus insistantes.

Le cas de SNC-LAVALIN

Une nouvelle bien moins médiatisée, mais tout aussi importante, est le fait que les six plus haut dirigeants de  SNC-Lavalin se sont consentis pour 24,4 millions $ CA en rémunération totale, en hausse de 20 % par rapport à l’année dernière, comprenant salaires, primes et bonis divers, ainsi qu’une allocation de fin d’emploi (parachutes dorés). Ce montant est du même ordre de grandeur que celui des six plus haut dirigeants de Bombardier (29 millions de $ CA en 2016 et 43 millions de $ CA en 2017, avant que Pierre Beaudoin ne renonce à 2 millions de $ CA). L’augmentation est d’autant plus surprenante que SNC-Lavalin a conclu son exercice 2016 avec un bénéfice net réduit de 41 % à 256,6 millions, un chiffre d’affaires en baisse de 11 % à 8,47 milliards, et un carnet de commandes réduit de 11 % à 10,67 milliards. La statistique la plus importante cependant est qu’au cours des deux dernières années le nombre d’employés au Québec a baissé radicalement en passant d’environ 5000 à environ 3000 alors que le nombre d’employés totaux dans le monde est passé d’environ 42000 à environ 35000.

SNC-Lavalin vient aussi de se porter acquéreur de la firme britannique WS-ATKINS moyennant un financement fourni principalement par la Caisse de Dépôts et de placement du Québec (CDPQ). Ce qui est particulièrement choquant est que le communiqué de presse mentionne:  »Dans le cadre du processus d’intégration, un examen des activités d’Atkins sera effectué en collaboration avec l’équipe de direction d’Atkins en vue de déterminer si des changements structurels ou organisationnels doivent être apportés dans l’intérêt de l’entité issue du regroupement. SNC-Lavalin ne s’attend pas à ce que cet examen d’intégration ait une incidence importante sur le maintien des emplois des employés d’Atkins. » Par contre, pas un mot ne figure pour rassurer les employés du Québec, et ce, dans un contexte où le gouvernement Britannique n’a pas investi un seul centime dans toute cette opération.

Maintenant, et au delà de l’aspect de l’emploi, en quoi le cas de SNC-Lavalin et le cas de Bombardier sont similaires? Il est vrai que SNC-Lavalin n’a pas reçu autant de largesses de la part du gouvernement au cours des dernières années que Bombardier, mais la vitesse à laquelle SNC-Lavalin a été  »pardonné » pour les actes de collusion/corruption ainsi que de donations illégales à des partis politiques et remis dans la liste des entreprises pouvant soumissionner pour des juteux contrats publics, marché qui représente des milliards de dollars, est néanmoins une  »aide » cachée extrêmement généreuse et importante. À ce que l’on sache ce pardon n’a pas eu comme condition écrite l’utilisation de main d’œuvre québecoise pour tout contrat réalisé au Québec!

Des balises sont urgemment requises

Le laxisme inacceptable dont fait preuve le gouvernement en termes d’aide à des grandes entreprises (faussement considérées québecoises) n’est pas le seul exemple de mauvaise gestion des ressources financières que la population lui a confié. Il n’y a qu’a penser au bilan catastrophique d’Henri-Paul Rousseau pendant la période où il a été a la tête de la CDPQ, mais aussi plus récemment à sa politique de rémunération des dirigeants des société d’état.

En fait le gouvernement n’agit dans ces cas comme un agent économique normal, i. e. qui gère ses ressources selon les intérêts et les objectifs de ses propriétaires (les citoyens), mais  plutôt en fonction de critères politiques reliés principalement à l’intérêt du parti politique au pouvoir, et de ceux qui le financent.

Pour s’en convaincre, il suffit de se poser la question suivante: Si au lieu du gouvernement le financement de ces entreprises était assuré par un organisme de financement privé (banque, fond de placement ou même individus milliardaires) pourrait-on imaginer une seule seconde qu’il ne leur imposerait pas des balises, n’introduirait pas des contrôles et n’exigerait pas de placer ses agents dans les instance dirigeantes ?

Bien évidement les critères et l’horizon de placement des organismes de financement privés ne sont pas les mêmes que ceux qu’un gouvernement devrait avoir, mais il n’en demeure pas moins que le retour sur l’investissement devrait être mesuré selon des critères objectifs. Dans tous les cas il faut élaborer des balises strictes, bien plus contraignantes que celles proposées par la juge Charbbonnesu, pour éviter que les politiciens puissent donner impunément de l’argent public ou des contrats sans contrepartie équivalente et sans contrôles à des entreprises influentes en s’attendant à un retour d’ascenseur au niveau électoral, et ce, que les techniques utilisées soient légales ou illégales.

En fait il ne s’agit pas seulement juste d’agir de façon éthique mais aussi d’agir de façon efficace: Entre autres, les millions qui vont en primes, en dividendes et en parachutes dorés pour des hauts dirigeants génèrent bien moins d’activités productives que de l’argent investi en recherche et développement par exemple.

Les ingénieurs et les scientifiques, au cœur de toute politique industrielle

La question qui se pose alors est comment imposer aux politiciens des critères pour une politique industrielle qui serait réellement dans  l’intérêt des citoyens? À ce niveau les ingénieurs et les scientifiques, dans la mesure où ils réussissent à  dépasser leur naturelle discrétion et travaillent tous dans la même direction, ont un avantage de taille sur les politiciens et même sur les économistes qui leurs sont inféodés: Ils sont les véritables experts à l’origine du progrès technologique, composante fondamentale de toute croissance économique solide et soutenue.

En d’autres termes, lorsqu’ils s’expriment les citoyens n’ont pas de difficulté à accepter qu’ils savent de quoi ils parlent, d’autant plus que ils sont certainement moins intéressés et bien moins en conflit d’intérêt que les politiciens, à l’exception près des détenteurs de titres professionnels qui ne pratiquent pas leur profession, mais ont plutôt choisi de faire du développement d’affaires  »créatif ». Si les ingenieurs en particulier souhaitent acquérir davantage de crédibilité en tant qu’experts sur la place publique, il faudrait absolument que l’Ordre des ingenieurs fasse son travail et éloigne de la profession les détenteurs du titre haut placés dans leurs organisations respectives qui ont sali la réputation de la profession. Malheureusement, peut-être du fait qu’il est sous tutelle, mais il le faisait avant de l’être aussi,  l’OIQ continue à s’acharner sur les petits poissons et protège les gros poissons

Appel à l’expertise de la part de l’association

L’association travaille présentement à l’élaboration d’un document dans lequel les grandes lignes d’une véritable politique industrielle cohérente et compatible avec les contraintes auxquelles le Canada est soumis (ALENA, WTO) seraient proposées. Les aspects fondamentaux qui seront étudiés seront les balises à proposer en lien avec a) la propriété du capital, b) la propriété intellectuelle, c) l’emploi

Signé par des ingénieurs et scientifiques, dont des ex-employés d’entreprises ayant particulièrement bénéficié de largesses gouvernementales et d’anciens fonctionnaires ayant ouvré dans les ministères impliqués, ce rapport sera rendu public à grand renfort de publicité, Un effort sera effectué afin que tous les partis politiques, des groupes de pression et des groupes de réflexion ( »think tank ») en prennent connaissance et en intègrent une partie ou la totalité dans leur discours.

Si vous avez un intérêt à participer aux travaux du comité  »ad hoc » qui se penche sur cette question n’hésitez pas à envoyer un courriel à l’association à cet effet au info@asso-ing.ca

Email this to someoneShare on FacebookShare on LinkedInTweet about this on TwitterShare on Google+

Comments are closed.