La tutelle de l’OIQ n’a pas fini de faire des vagues

Publié le: 31 août 2016

Classé sous: Lois et règlementation, Nouvelles

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L’association reçoit et publie volontiers la lettre que l’ingénieur Normand Godbout a envoyée à la ministre Stéphanie Vallée le 25 août 2016. La voici:

Normand Godbout

Par Normand Godbout, ing.

Objet : L’administration de l’Ordre des ingénieurs du Québec

Madame,

Dans le cadre de l’actuelle révision du Code des professions et de la Loi sur les ingénieurs, permettez-moi de mentionner certains enjeux de la profession qui me préoccupent et de vous faire part des questions qui me viennent à l’esprit concernant l’administration de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ).

Les observateurs nommés par l’Office des professions du Québec, Messieurs Pilote et Lamontagne, signalent certaines activités de l’OIQ qui ne sont pas reliées à sa mission de protéger le public, tel que le soutien des comités régionaux qui organisent, entre autres, des activités sociales et de réseautage pour les ingénieurs. On pourrait ajouter la promotion de la profession, notamment au moyen de campagnes publicitaires télévisées, ainsi que certains services offerts aux ingénieurs, comme les assurances et les formations d’ordre général.

Ces activités ne sont-elles pas de nature à projeter, dans l’opinion publique, la perception que l’OIQ est au service des ingénieurs malgré sa mission officielle de protéger le public ? Ne serait-il pas préférable que l’OIQ laisse d’autres organismes s’occuper de ces activités et se consacre exclusivement à la protection du public ?

Il aura fallu attendre le rapport Pilote-Lamontagne pour que les dysfonctionnements chroniques dans l’administration de l’OIQ soient divulgués : poursuite d’intérêts personnels par certains administrateurs, non-respect entre administrateurs, réunions du CA trop nombreuses et trop longues, comités improductifs depuis plusieurs années, trop nombreux comités et trop de membres par comités, etc.

Une telle situation serait-elle possible si les réunions du CA ne se tenaient pas à huis clos, soustrayant ainsi les administrateurs à leur imputabilité personnelle ? On demande aux ingénieurs d’élire les administrateurs, mais on ne leur donne aucun moyen d’évaluer le travail du candidat pour lequel ils ont voté. S’il est souhaitable de protéger, à l’occasion, l’identité de certaines personnes ou entreprises, pour quelles raisons devrait-on voiler les discussions qui concernent l’ensemble de la profession ? N’y a-t-il pas moyen de divulguer assez d’information sur le travail des administrateurs pour qu’ils puissent être rappelés à leurs devoirs aussitôt qu’il le faut ?

D’autre part, la position de conflit d’intérêts latent des membres du CA a été soulignée à plusieurs reprises par différents observateurs. Il est évident que certaines décisions du CA, même parfaitement justifiées, risquent de nuire à des confrères et à leurs employeurs ou à leurs clients, que les administrateurs les connaissent ou non. Le « laxisme » constaté de l’OIQ est-il surprenant dans un tel cas ?

Le gouvernement a nommé trois administrateurs, ayant le contrôle des décisions du CA, pour sortir l’OIQ de sa situation de crise. Quelle est donc l’utilité, en situation normale, d’avoir un CA contrôlé par vingt-quatre administrateurs, dont vingt élus par leurs pairs ? Ne peut-on obtenir une juste représentation des ingénieurs, dans l’administration de l’OIQ, sans les placer en position de conflits d’intérêts potentiels ?

Un mot aussi sur le poste d’ombudsman de l’OIQ qui est vacant depuis plusieurs années. On peut facilement constater que la politique de traitement des plaintes, récemment adoptée par l’OIQ, ne permet ni la neutralité ni l’impartialité du recours à l’ombudsman, qui représentait une solution éprouvée et satisfaisante. Pourquoi ne pas simplement pourvoir son poste ?

Finalement, le fait de réserver l’usage du titre « ingénieur » aux seuls membres de l’OIQ, contrairement à ce qui se fait ailleurs dans le monde, crée une situation à la fois confuse et, selon moi, inéquitable. Lorsque l’on se présente comme ingénieur, on se rend rapidement compte que, pour le public, le terme « ingénieur » désigne les diplômés d’écoles de génie. D’autre part, le mot INGÉNIEUR (en majuscule) est inscrit sur mon diplôme et mes compétences découlent de plusieurs années de formation intense et d’examens rigoureux, non pas de mon adhésion à l’OIQ.

Comme vous le savez sûrement, une proportion considérable d’ingénieurs ne pratiquent pas d’activités réservées à la profession. Ils sont recherchés pour leurs compétences en gestion de projet, en recherche et développement, en enseignement, en vente, etc., dans différents domaines technologiques ou autres. Pourquoi ne pas accorder aux membres de l’OIQ une désignation exclusive plus spécifique, comme « ingénieur agréé », par exemple, et laisser les diplômés d’écoles de génie afficher leurs compétences, durement acquises, par l’emploi du simple terme « ingénieur » ?

En espérant que ces quelques réflexions pourront vous être utiles, veuillez agréer, Madame Vallée, l’expression de mes sentiments les plus distingués,

Normand Godbout, ing., MBA, M.Env.

Membre en règle de l’Ordre des ingénieurs du Québec

c. c. : Me Jean Paul Dutrisac, président de l’Office des professions du Québec

Madame Kathy Baig, ing., MBA, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

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