Le BIM et la BEM MEP

Publié le: 14 septembre 2016

Classé sous: Editorial, Génie conseil

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Par Jessika Lelièvre

Depuis les trois dernières années on entend beaucoup parler au Québec du BIM  (Building Information Modeling) ainsi que de la BEM (Building Energy Modeling), soit le volet énergétique de la mécanique du bâtiment allié à l’enveloppe du bâtiment.

De façon très succincte ce sont des méthodologies de travail standardisées qui font appel à des outils spécifiques, tels des logiciels spécialisés et des processus de gestion adaptées à la conception et l’organisation de chaque discipline que l’on retrouve dans le grand ensemble de l’AEC (Architecture, Engineering and Construction).

Le but est d’améliorer radicalement la coordination multidisciplinaire, et ce, avant même de débuter le chantier.

Les résultats observés

Les projets réalises à ce jour avec le BIM et la BEM MEP ont validé que:

  • Les chantiers procèdent de façon plus harmonieuse, en minimisant les délais et les extras. Avec des revues de conception standardisées plus claires et plus ciblées et avec l’intégration de différents outils numériques selon une logique rationnelle il devient possible d’estimer minutieusement la quantité de travaux et de matériels requis, et donc d’éliminer la plupart des  »surprises » si typiques des grands projets de construction.
  • Les échanges d’informations contractuelles entre les différentes parties prenantes sont beaucoup plus efficaces et surtout beaucoup plus transparentes. En particulier, le client final est bien plus engagé dans la réalisation de son bâtiment et comprend mieux comment est utilisé son argent.
  • Le cycle de vie du bâtiment est pris en compte dès le début et l’entretien de ce dernier est simplifié par l’archivage numérique en amont de toutes les données pertinentes de conception et de construction.

Une approche pas encore tout à fait comprise

Aujourd’hui on peut désormais lire une foule d’articles sur le sujet dans les médias sociaux et ailleurs sur le BIM et la BEM MEP. Cela démontre l’intérêt grandissant pour la méthode chez les professionnels qui œuvrent dans le domaine de la construction partout dans le monde. Par contre, comme il se produit souvent lorsque de nouvelles méthodes ou de nouvelles technologie sont introduites, un grand nombre d’informations qui circulent dans le monde, et le Québec ne fait pas exception, sont incomplètes ou carrément erronées.

En particulier, si la description générale du concept peut paraître simple, dès que l’on rentre dans les détails il existe encore aujourd’hui une grande ambiguïté sur la compréhension et l’interprétation de différents volets du BIM et de la BEM MEP. En particulier, plusieurs intervenants tendent à confondre la méthode avec les outils utilisés. Or, les outils en eux-mêmes n’ont rien de révolutionnaire tant qu’ils ne sont pas utilisés de façon integrée.

Une approche pas encore tout à fait acceptée

On peut espérer qu’au fur et à mesure que les professionnels du domaine vont acquérir de l’expérience avec ces méthodologies le problème ci-haut mentionné disparaîtra. Cependant, au delà de la courbe d’apprentissage et de l’inévitable résistance au changement, un autre facteur pourrait venir compliquer le portrait: La nature actuelle du marché de la construction.

Ce marché est caractérisé par des budgets mal évalués, des échéanciers serrés, des clients mal informés, des tarifs artificiellement bas, etc. Le problème est qu’en « coupant les coins ronds » pour gagner les soumissions on aboutit systématiquement à des projets présentant en bout de course des dépassements considérables autant au niveau des budgets que des échéanciers.

De plus, tant que la méthode ne deviendra universellement acceptée malgré ses avantages, plusieurs firmes considéreront que le fait de de devoir former leur employés constitue une dépense inutile grugeant leurs profits, alors que la qualité supérieure obtenue leur permettrait souvent d’atteindre une bien plus grande productivité et de minimiser d’autres dépenses, à commencer par les frais juridiques dus aux innombrables litiges qui ont cours dans le domaine…

Enfin, certaines firmes gérées par des personnes à la courte vue, rechigneront à intégrer une méthode aussi rigoureuse pour la bonne et simple raison qu’elle nie des opportunités de facturer des extras. Leur justification vis-à-vis de leur client repose alors sur l’argument de devoir produire sous pression et que l’utilisation du BIM allongerait les délais. Dans les faits, s’il est vrai que la phase de la préparation peut être un peu plus longue, surtout lorsque le personnel n’a pas été formé au préalable, toutes les autres phases dans la construction et dans l’entretien du bâtiment seraient considérablement raccourcies.

Les avantages

Les principaux avantages apportés par l’utilisation du BIM sont les suivants :

  • Gestion de projet simplifiée. Les projets en construction, en ingénierie ou en architecture, sont gérés par des processus de gestion ayant été standardisés depuis des dizaines d’années. Contrairement à ce qui est souvent véhiculé dans certaines publications, le BIM ne remet pas en question ces processus. Il ne fait que réorganiser les éléments dans un ordre différent notamment afin de permettre une modélisation numérique pouvant être gérée de façon automatique par les outils logiciels utilisés.En d’autres mots les connaissances acquises par les professionnels en gestion de projet demeurent pertinentes, l’effort supplémentaire requis découlant exclusivement de la compréhension des fonctionnalités des composantes logicielles utilisées une fois intégrées dans un seul et unique système..
  • Meilleure productivité des équipes. Lorsque l’on considère tout le cycle de vie d’un bâtiment le BIM permet des économies substantielles ainsi qu’un resserrement significatif des délais de construction réels. Par contre, il implique un effort de formation initial et surtout il force la transparence de tous les intervenants. Dépendamment où l’on se situe (firme de conception, entrepreneur, sous-traitant, fournisseur ou client) les avantages immédiats peuvent varier considérablement. Il n’en demeure pas moins que lorsque une méthodologie supérieure fait son apparition, l’éthique professionnelle impose que l’on la considère sérieusement, même si son impact sur la rentabilité financière de la firme à court terme ne peut être facilement quantifiée. À moyen et à long terme la question ne se pose pas car si la méthodologie se généralise et que la firme ne s’est pas mise à niveau, le rattrapage nécessaire rendra la firme non-compétitive pendant une période non-négligeable.
  • Qualité améliorée. L’utilisation judicieuses de revues de conception améliorées, l’introduction d’outils avancés de suivi d’échéanciers, l’implication accrue des différents intervenants, ainsi que l’implémentation intégrée et cohérente de logiciels de modélisation et de documentation permet l’élimination quasi-absolue des zones grises qui laissent la porte ouverte à des mauvaises pratiques, qu’elles soient proscrites ou non par les normes et codes techniques en vigueur et qu’elles soient volontaires ou involontaires.
  • Flexibilité et adaptabilité à un grand nombre de rôles et de spécialités. Si les principes de base du BIM doivent être compris par tous les intervenants, les formations, elles, peuvent être optimisées pour chaque organisation en fonction de ses activités, voire même optimisées pour chaque corps de métier à l’intérieur de l’organisation, et ce sans nullement sacrifier la qualité des résultats finaux.

Conclusion

L’acceptation de innovation passe généralement par l’information et par l’éducation. Dans le cas du BIM et de la BEM MEP deux défis additionnels font face à ceux qui souhaitent devenir compétents dans ces nouvelles méthodologies:

  • Séparer l’impact politico-financier des pratiques professionnelles.
  • Développer des formations adaptées pour les praticiens (techniciens, ouvriers, etc.) faisant réellement sortir les éléments pertinents pour les domaines d’activités de l’entreprise dans laquelle ils œuvrent.
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