Le chômage chez les ingénieurs atteint un sommet historique (8%)

Publié le: 21 septembre 2015

Classé sous: Nouvelles

Email this to someoneShare on FacebookShare on LinkedInTweet about this on TwitterShare on Google+

Une  étude d’Ingénieurs Canada intitulée  »Le marché du travail au Canada- Projections jusqu’en 2025 »  vient de sortir, et elle a fait l’objet de l’article intitulé  »Emplois en génie: le temps des départs à la retraite » de Martine Letarte dans La Presse du 21 septembre 2015.

Le fait saillant qui ressort est que le chômage chez les ingénieurs au Québec se situerait autour de 8%, et ce, depuis longtemps. Ci- dessous figure le tableau saillant de l’étude, et l’on voit bien qu’au Québec on aurait eu un peu moins de  8 % de chômage chez les ingénieurs au cours de la période 2005-2014, et que les prévisions sont à l’effet que cela baisserait un peu moins de 7% au cours de la période 2015-2019 et à un peu plus de 6% au cours de la période 2020-2025.

Chomage2

On peut penser ce que l’on veut des prévisions, notamment en donnant plus ou moins d’importance aux politiques d’immigration, au vieillissement de la population, au cours du pétrole et des matières premières, etc., mais une chose est certaine: Les données historiques ne changent pas.

Or, cette étude contredit de façon flagrante l’optimisme qui ressort des déclarations de plusieurs sources aux cours des cinq dernières années, à l’effet que le chômage chez les ingénieurs est très faible et que les perspectives d’emploi, autant pour les finissants que pour les ingénieurs expérimentés, sont excellentes.

Les données historiques de 1987 à 2006

Au cours de cette période, le chômage chez les ingénieurs au Québec est généralement resté en dessous de 4%, sauf pour des courts laps de temps, comme il peut être démontré en épluchant les articles et rapports ont parus sur le sujet à l’époque, dont :

  • Une présentation de Suzanne Morin, FCA, MBA, CHRP , associée, Groupe Capital humain de la firme Deloitte pour le compte de l’Association des Ingénieurs-Conseils du Québec, datée du 21 février 2006 et intitulée  »La gestion des talents en réponse aux enjeux de rareté de la main-d’œuvre. Perspective pour le secteur du génie-conseil » place le taux de chômage pour l’ensemble des ingénieurs au 30 novembre 2005 à 3.9% (voir page 11), tout en mentionnant que ‘‘le taux de chômage des ingénieurs est en baisse depuis 3 ans ».
  • Une étude du professeur Pierre Martin du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal  (CERIUM) parue le 3 juillet 2007 et intitulée  »Mondialisation des services délocalises: Stratégies indiennes et occidentales » montre à la diapositive 31 la courbe du taux de chômage chez les ingénieurs entre 2003 et 2006. Cette courbe montre qu’au cours de la période  le taux maximal atteint (en janvier 2004) était inférieur à 5% et confirme le chiffre de Deloitte pour novembre 2005.

Les chiffres plus récents

  • En novembre 2012, des responsables de l‘ETS et de l’École polytechnique, envoyaient des signaux triomphalistes dans La Presse. L’article de Stéphane Champagne  »Ingénieurs: plein emploi pour la profession » rapportait un taux de chômage chez les ingénieurs de 3%. En voici des extraits:  »La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a pas assez d’étudiants pour pourvoir les postes. Il y a pénurie de candidats dans tous les programmes. Les entreprises se font la lutte entre elles pour être capables d’attirer les meilleurs. Juste ici au Québec, des projets comme le CHUM, le pont Champlain et l’échangeur Turcot vont mobiliser le secteur du génie de la construction pour les 10 prochaines années», explique Pierre Rivet, directeur au Service de l’enseignement coopératif à l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal. » et  »«Le génie a un très grand avenir devant lui, ne serait-ce que par les besoins du Québec et du Canada. Les volets transports et infrastructures vont continuer à croître. En aéronautique, Montréal est la troisième ville d’importance dans le monde, derrière Toulouse et Seattle. La demande y est très forte. C’est sans parler des besoins du secteur de la santé dans un contexte de société vieillissante. Mais il y aussi de l’avenir ailleurs, car l’expertise canadienne est reconnue partout dans le monde», explique Christophe Guy, directeur général de Polytechnique Montréal. »
  • En février 2013 c’était au tour d’un employé de l’OIQ, de donner des chiffres rassurants sur le chômage chez les ingénieurs:  »Le taux de chômage des PFÉ (Professionnels formés à l’étranger ndlr.) membres de l’Ordre est de 6,5 %, comparativement à 2,5 % pour l’ensemble des membres. Selon Bernard Cyr, ce sont surtout les ingénieurs juniors formés à l’étranger qui peinent à entrer sur le marché du travail. Une fois leur permis d’ingénieur obtenu, les choses vont mieux. «Le taux d’emploi est semblable à celui des Québécois, affirme-t-il. Certains PFÉ bénéficient même d’un avantage lors de la recherche d’emploi puisqu’ils ont déjà plusieurs années d’expérience à l’étranger.» »
  • En février 2014, interviewé par  Jobboom, le président de l’OIQ d’alors parlait encore, à ce moment là, d’un taux de chômage chez les ingénieurs de 3%.
  • Pas plus tard qu’il y a une semaine un article dans la Presse intitulé  »Une relève assurée en ingénierie » semble ignorer ou du moins minimiser les difficultés rencontrées par les ingénieurs qui se cherchent actuellement un emploi, et vante les salaires de ceux qui ont un emploi tout en mettant l’accent sur le nombre d’ingénieurs formés par rapport à ceux qui partent à la retraite.

Qui dit vrai?

Il est clair que le chiffre d’Ingénieurs Canada pour ce qui a trait au passé (période 2005-2014) n’est pas compatible avec les chiffres donnés par toutes les autres sources. La méthode de calcul serait-elle différente ? Et si cela était le cas laquelle serait la bonne ?

Cela étant dit la situation sur le terrain semble indiquer que les chiffres d’Ingénieurs Canada sont plus crédibles que ceux des autres sources. Si le chômage chez les ingénieurs est effectivement si élevé que cela,  le Québec finira par perdre le peu d’avance technologique qu’il lui reste dans les quelques niches où elle n’a pas encore renoncé à être un joueur, dont l’énergie, l’aéronautique et le génie conseil.

Par ailleurs, il faut comprendre aussi que les mises à pied massives d’ingénieurs et scientifiques dans les grandes firmes ont non seulement un impact majeur sur l’emploi dans ces firmes elles mêmes, mais aussi chez leurs partenaires et leurs sous-traitants locaux.

Enfin, il ne faut pas oublier que chaque emploi d’ingénieur a un effet multiplicateur sur les autres catégories d’employés (ouvriers, techniciens, vendeurs, acheteurs, secrétaires etc.).

Si les chiffres sont confirmés il devient donc essentiel de responsabiliser les différents intervenants et les encourager à donner l’heure juste, car beaucoup de décisions collectives et individuelles sont prises en fonction d’informations qui pourraient être inexactes. De plus, il devient aussi tout à fait essentiel d’exiger des gouvernements et de l’industrie de prendre des mesures drastiques pour enrayer ce déclin des capacités technologiques du Québec, qui à moyen et à long terme ne peut que résulter en un appauvrissement général de toute la population.

Email this to someoneShare on FacebookShare on LinkedInTweet about this on TwitterShare on Google+

Comments are closed.