Les ingénieurs du gouvernement sont en grève

Publié le: 24 mai 2017

Classé sous: Nouvelles

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L’Association Professionnelle des ingénieurs du Gouvernement du Québec (APIGQ) a annoncé par voie de communiqué de presse que la grève initialement preuve pour le 9 mai 2017, ensuite remise au 16 mai 2017, est désormais enclenchée.

La raison officielle du premier renvoi était que l’APIGQ ne souhaitait pas commencer la grève juste après les inondations qui ont frappé plusieurs endroits au Québec, alors la deuxième fois c’était pour des  »raisons techniques ».

Dans la pratique, il est fort possible que les vraies raisons derrière ces tergiversations aient été:

  • la menace du gouvernement d’édicter une loi spéciale pour les mettre au pas exactement comme il a fait avec les juristes de l’état.

L’importance de ce litige pour la population

À date les médias grand public n’ont pas vraiment pris part dans ce litige, ils n’ont fait que relayer les arguments et les informations venant des uns et des autres. L’augmentation salariale réclamée est effectivement de l’ordre de 20,000 $, mais les ingénieurs du gouvernement partent de très très loin, puisque leur salaire moyen est d’environ 74,000 $, alors que le salaire moyen des ingénieurs au Québec en général est plutôt de l’ordre de 100,000$. Si par ailleurs l’on compare ces chiffres à ceux des ingénieurs qui travaillent en Ontario ou dans d’autres provinces, la comparaison est souvent encore plus défavorable.

Bien sur personne n’oblige qui que ce soit à travailler pour le gouvernement et que donc ceux qui ne sont pas satisfaits peuvent toujours aller travailler ailleurs, mais selon l’APIGQ le problème est que dans la pratique c’est exactement ce qui se passe: Aussitôt qu’ils ont une chance, les ingénieurs du gouvernement acceptent un poste dans l’une des grandes firmes privées qui font affaire avec le gouvernement, ce qui d’un coté fait que l’expertise à l’interne demeure toujours à rebâtir et de l’autre fait que les ingénieurs du gouvernement font souvent face à des ingénieurs qui connaissent tout du fonctionnement interne de leur ministère.

Enfin, et même si l’APIGQ ne le dit pas ouvertement, on comprend qu’elle sous-entend que ces effets pervers ne sont nullement reliés au respect d’un cadre financier, tel qu’affirmé par le gouvernement, mais découlent plutôt de la volonté du gouvernement de protéger et favoriser les dirigeants de certaines firmes privées, et notamment ceux qui ont généreusement donné au parti au pouvoir et que l’on soupçonne de s’attendre à un retour d’ascenseur en termes de contrats de la part des politiciens qu’ils ont aidés.

Validité des arguments de l’APIGQ

Puisque les salaires de ingénieurs du gouvernement, comme ceux de n’importe quel fonctionnaire, sont payés à même les impôts, le respect d’un cadre financier pourrait être un argument qui aurait un certain poids auprès de certaines tranches de  l’électorat. Le problème est que ce gouvernement n’a absolument aucune crédibilité à ce niveau: Par exemple, la rémunération des médecins est totalement hors contrôle mais ni le premier ministre Couillard, médecin, ni le ministre de la santé Barrette, médecin, n’ont jamais invoqué le respect du cadre financier pour récupérer les sommes arbitrairement et injustement soustraites à la population (plus de 400 M$).

En ce qui a trait au deuxième volet, la Commission Charbonneau n’a malheureusement pas voulu aller jusqu’à bout, et donc le lien n’est pas toujours facile à prouver. C’est probablement pour cette raison que l’APIGQ ne fait que mentionner la recommandation 23 à l’effet d’accroître l’expertise interne au ministère des Transports du Québec au soutien de ses demandes. D’autres indices que l’APIGQ n’a pas cités abondent néanmoins, à commencer par la mise sous tutelle de l’Ordre des ingénieurs, qui, même si cet organisme n’a jamais vraiment montré de réelles velléités d’éjecter de la profession les détenteurs du titre ayant trempé dans les donations illégales, aurait éventuellement pu se révéler une boite à surprises suite au tourbillon engendré par le changement de présidents, directeurs généraux, etc.

L’importance de ce litige pour les ingénieurs

Un certain antagonisme entre les ingénieurs travaillant pour les firmes de génie-conseil et ceux travaillant dans les secteurs public et parapublic a toujours existé. Il découle de certains facteurs réels, tels le contrôle de la gestion des projets et de budgets associés, où les frontières des responsabilités et la répartition des flux monétaires associés sont continuellement remises en question.

Cet antagonisme est compréhensible, mais doit néanmoins être tempéré par une solidarité dans la profession qui ferait tous les ingénieurs comprendraient que lorsque une catégorie d’entre eux est isolée et sous-payée (en l’occurrence ceux du gouvernement), cela finit par tirer vers le bas les conditions et les revenus de tous et de chacun.

Dans ces conditions, jouer le jeu des politiciens et des détenteurs du titre qui comptent sur des donations illégales pour obtenir des contrats, même s’ils sont en position d’autorité, est un jeu qui nuit à toute la profession. Une prise de position de tous les ingénieurs en faveur des ingénieurs du gouvernement serait la bienvenue.

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