Mais qui est donc ce  »public » que le système professionnel veut protéger ?

Publié le: 5 septembre 2017

Classé sous: Nouvelles

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Le cas de l’ingénieur Jean-Claude Gilbert a remis encore une fois l’Ordre des ingénieurs sur la sellette. L’article du journaliste Mathieu Payen paru le 31 août 2017 dans le Journal de Montréal rapporte que l’ingénieur Gilbert est notamment blâmé pour avoir alerté les médias en 2013 d’un possible danger pour les automobilistes circulant sur le pont Champlain, sans prévenir et sans obtenir l’assentiment de son client final, en l’occurrence la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain incorporée (PJCCI).

Une vendetta?

En 2013, au moment M. Gilbert a informé Radio-Canada des problèmes potentiellement mortels pour les automobilistes, il venait tout juste d’être congédié de la compagnie AECOM pour laquelle il travaillait et qui était responsable de l’inspection du pont. Par ailleurs le pont était provisoirement fermé à la circulation à ce moment là.

Visiblement la PJCCI a interprété le geste de l’ingénieur Gilbert comme une vendetta et l’a dénoncé au syndic de l’OIQ pour avoir violé la confidentialité des renseignements qu’il détenait.

D’autres faits troublants

Les rapports d’inspection émis suite aux différentes inspections du pont ont changé considérablement de conclusions entre 2009 et 2013 et certains paragraphes du rapport final ont même été modifiés de façon à en amoindrir la portée, et ce, après que l’ingénieur Gilbert fut congédié.

La protection des sources journalistiques

Au cours des derniers jours cette nouvelle a été reprise et commentée moult fois dans les médias. Cela a  commencé par un texte de Richard Martineau intitulé  »Récompenser l’incompétence », dans lequel il développe la théorie à l’effet qu’il y a des employés que l’on protège trop et d’autres que l’on ne protège pas assez, M. Gilbert étant clairement quelqu’un qui aurait mérité d’être protégé pour avoir dénoncé un danger pour le public.

Si ça s’était arrêté là cela n’aurait pas été trop grave, Richard Martineau étant connu pour avoir des opinions plutôt extrêmes et ne pas faire dans la dentelle, mais voilà que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec s’y met aussi. De plus, même des médias au Canada anglais reprennent la nouvelle.

Au delà des potins, la vraie problématique

Le fait que l’ingénieur Gilbert ait avoué être à la source de l’information confidentielle dévoilée aux médias et le fait qu’il aurait peut-être posé son geste dans le cadre d’un contexte litigieux (mais cela relève du procès d’intention) ne change rien au fait que c’était dans l’intérêt de la population générale de disposer de cette information.

Par conséquent, si le comité de discipline devait décider d’imposer une amende de 5000 $ plus frais à l’ingénieur Gilbert cela signifiera clairement que pour l’OIQ, et par ricochet pour le système professionnel tout entier, le public est entendu en premier lieu comme le client et ensuite, très bas en termes de priorité, comme la population générale.

Est-ce vraiment ce que les ingénieurs veulent?

Est-ce vraiment ce que la population générale veut?

Est-ce vraiment ceux que le législateur voulait lorsqu’il a crée le système professionnel au début des années 70?

Ces questions méritent d’être posées.

 

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