Nouvelles technologies d’accumulation de l’énergie : La clef de la relance industrielle du Québec?

Publié le: 28 novembre 2017

Classé sous: Nouvelles

Email this to someoneShare on FacebookShare on LinkedInTweet about this on TwitterShare on Google+

Au cours des années qui ont suivi la  »révolution tranquille » le Québec a compté principalement sur certains secteurs industriels pour assurer son développent économique, et notamment l’énergie, les ressources, l’aéronautique et l’électronique. Chacun de ces secteurs avait son champion, soit une  »locomotive » bien enracinée localement : Hydro-Quebec, Alcan, Bombardier et Nortel respectivement. Ces grandes entreprises étaient celles autour desquelles s’organisaient les PMEs des fournisseurs et des sous-traitants locaux.

Cette spécialisation dans ces secteurs prioritaires était inévitable, car déployer les investissements publics dans davantage de secteurs sans tenir compte de ressources humaines et matérielles déjà existantes aurait été une approche inefficace. Cela a d’ailleurs été confirmé dans les années successives quand des projets pharaoniques dans le domaine automobile (GM et Huyndai), basés sur l’illusion farfelue que des multinationales étrangères auraient démontré un minimum d’attachement au Québec, ou du moins qu’ils auraient été de bons citoyens corporatifs, ont connu une conclusion catastrophique.

Cette sage approche, qui a mené à une augmentation significative du niveau de vie des Québecois, était néanmoins basée sur la prémisse à l’effet que le gouvernement aurait veillé au grain et aurait rendu les investissements publics et les aides gouvernementales conditionnels au ferme maintien local de la propriété et de la gestion de ces  »locomotives économiques ». Or, à l’exception d’Hydro-Québec qui était et est encore nationalisée, les différentes entreprises qui agissaient en locomotives ont toutes connu des changements radicaux, ce qui fait qu’aujourd’hui aucune d’elles ne joue plus son rôle: Alcan est désormais la propriété de la multinationale australienne Rio Tinto, les activités de Bombardier au Québec ont diminué comme une peau de chagrin et de plus l’entreprise est maintenant de facto éclatée en plusieurs morceaux en bonne partie contrôlés par des étrangers, Nortel n’existe plus.

Certes, les politiciens et les chroniqueurs économiques au service des lobbys sont rapides à parler des  »inévitables » effets de la globalisation et du fait que l’on ne pourrait interférer dans la gestion d’entreprises supposément privées (même si elles vivent toujours au crochets de l’état, i.e. des contribuables), mais il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui le Québec n’as plus les rênes de son développement économique et qu’il est grandement urgent d’y remédier. Concevoir et mettre en application une politique industrielle adaptée au goût du jour, mais fermement basée sur le contrôle local des capitaux et des ressources, doit redevenir une priorité pour toute la classe dirigeante québecoise. Faute de ce faire le Québec continuera à s’appauvrir, et ce, de plus en plus rapidement.

Par où commencer?

La réponse est simple: On ne peut commencer que par la seule grande entreprise que l’on possède encore collectivement, c’est à dire Hydro-Québec. De plus, le domaine de l’énergie est en toute probabilité appelé à jouer un rôle prédominant dans l’économie mondiale au cours des années qui viennent, notamment en raison du fait qu’il existe désormais une réelle volonté politique non seulement en Europe, mais aussi dans d’autres pays industrialisés dont la Chine et l’Inde, de se défaire de la dépendance du pétrole.

Ce n’est que pour les États-Unis que les tendances sont contradictoires. D’un coté l’alliance avec l’Arabie Saoudite et leurs interventions militaires leur permettent de forcer, du moins partiellement et temporairement, le statu quo au niveau du dollar US en tant que monnaie de transaction et de réserve internationale et ainsi faire financer leur énorme déficit gouvernemental par le reste du monde. De l’autre coté garder la main-mise sur les ressources pétrolières d’autres pays devient de plus en plus coûteux, au point de devoir couper dans presque tous les autres postes au budget de l’état. Par conséquent, qu’ils le veuillent ou non et peu importe qui sera leur président dans quelques années, ils n’auront plus le choix que de freiner leurs ambitions hégémoniques et aiguiller les énormes montants aujourd’hui engloutis par leurs opérations militaires vers davantage d’activités productives, notamment au niveau de l’énergie.

En revenant au Québec, l’opportunité d’être en première ligne dans le développent de nouvelles technologies est définitivement là, et ce, pour plusieurs raisons:

  • Le Québec dispose de vastes ressources hydroélectriques et le coût moyen par KW produit est parmi les plus faibles au monde. Cet atout fait du Québec l’endroit idéal pour lancer des projets-pilotes transposables ensuite à d’autres parties du monde.
  • Malgré les multiples erreurs stratégiques faites par les politiciens et la direction d’Hydro-Québec au cours des vingt dernières années, dont notamment le soutien insuffisant aux compagnies dérivées (les  »spin-off »), à qui ils ont souvent imposé des partenaires souvent non-souhaités par leurs fondateurs, il existe encore au Québec un savoir-faire important dans le domaine, autant au niveau de l’exploitation qu’au niveau de la recherche.
  • Les énormes réserves enfouies de matériaux stratégiques, dont le lithium et les terres rares, vraisemblablement nécessaires à l’industrialisation des nouvelles technologies présentement en développement. Pour pleinement profiter de cet atout il faudra néanmoins abandonner la mentalité malheureusement trop répandue de se contenter de vendre les matières premières à des entreprises extérieures au lieu de gérer tout le processus de transformation de l’extraction jusqu’au produit fini.

Les bons et le mauvais cotés des sources d’électricité vs. ceux des hydrocarbures

Depuis que les scientifiques ont établi le lien entre la consommation de pétrole, de charbon et, dans une moindre mesure, du gaz naturel d’un coté et le réchauffement climatique de l’autre coté, ces dernières sources d’énergie sont considérées  »sales ». Par ailleurs, pour ce qui a trait au pétrole, la distribution des gisements sur le globe terrestre est loin d’être uniforme, ce qui génère des formidables tensions politiques et économiques entre les pays producteurs et les pays importateurs, voire même à l’interieur d’un même pays, comme démontré par tout le débat qui a eu récemment relativement au projet de pipeline  »Énergie Est ».

Ce que tous les initiés savent mais que personne ne dit trop fort est que les hydrocarbures présentent néanmoins un avantage fondamental par rapport à quasiment toutes les autres sources d’énergie: Même en l’absence infrastructure spécialisée (pipeline, oléoduc, gazoduc) ils sont relativement facilement transportables de l’endroit où ils sont produits ou raffinés à l’endroit où ils sont consommés. Certes le transport par train ou par camion comporte des risques, comme l’a démontré la récente tragédie du Mont-Megantic, mais d’un point de vue global il s’agit d’un inconvénient négligeable par rapport à la nécessité de construire et entretenir d’énormes infrastructures de transport utilisées juste à cette fin. En effet, l’électricité, qu’elle soit produite avec des sources renouvelables ou non, requiert des réseaux de transport et de distribution spécialisés extrêmement coûteux, mais aussi très rigides, pour l’acheminer de la centrale de production aux lieux où elle est consommée.

Les principales filières alternatives aux hydrocarbures et à l’hydro-électricité

L’énergie nucléaire a longtemps été considérée comme la seule source alternative valable, mais les accidents catastrophiques à Three-mile Island, Tchernobyl et Fukushima ont régulièrement rappelé au monde entier qu’elle comporte des risques extrêmement importants. De plus, le problème de la gestion des déchets n’a jamais pu être solutionné de façon satisfaisante. Bien que cette filière demeure encore utilisée dans plusieurs pays, et pourrait éventuellement connaître un regain d’intérêt surtout, si l’on réussit à remplacer l’uranium par le thorium comme combustible, elle a désormais été complètement abandonnée au Québec.

D’autres approches basées sur l’utilisation de la biomasse ont aussi démontré leur pertinence et elles sont marginalement utilisées au Québec. Il ne faut pas non plus passer sous silence les efforts de recherche qui sont effectués pour diminuer la consommation d’énergie, autant au niveau de la climatisation et du chauffage des immeubles qu’au niveau des procédés industriels.

Aujourd’hui, la part du lion des sources d’énergie alternatives est cependant et sans contredit représenté par l’éolien et par le solaire. Ces technologies ont beaucoup évolué au cours des dernières années, mais la recherche continue car des avancées additionnelles sont encore nécessaires pour atteindre un coût moyen du KW compétitif avec celui des sources d’énergies traditionnelles. Par ailleurs, de par le fait que leur production varie de façon très variable et seulement partiellement de façon prévisible, l’intégration de centrales basées sur ces sources dans un grand réseau comme celui d’Hydro-Québec pose de problèmes significatifs, en plus d’affecter l’efficacité globale.

Afin de diminuer davantage le coût moyen du KW produit il faudra donc réussir à utiliser des matériaux considérablement moins chers pour la fabrication des hélices et des panneaux solaires. Les plus grand gains viendront cependant de l’introduction d’une meilleure capacité de stockage de grandes quantité d’énergie à coût raisonnable, ce qui exclut bien évidemment le recours à de nouveaux bassins hydro-électriques. En atteignant cet objectif, la nécessité de brancher les centrales éoliennes ou solaires au réseau principal serait moindre, voire pourrait disparaître complètement, permettant ainsi de créer des petits réseaux indépendants du réseau principal pour desservir des communautés éloignées ou des usines spécifiques.

L’opportunité

Dans ce contexte et aussi pour desservir l’industrie automobile désormais fermement engagée dans la voie de produire des véhicules hybrides voire entièrement électriques, il existe pour le Québec une véritable opportunité de commencer des projets-pilotes à l’échelle du territoire afin de devenir devenir un chef de file dans le développement de nouvelles technologies pour industrialiser des accumulateurs d’énergie à haute capacité volumique. Les pistes de recherche sont nombreuses, mais il y en a présentement deux qui se démarquent en termes de montants investis mondialement :

  • Batteries chimiques. Cette approche a déjà donné des résultats probants, les batteries au lithium étant notamment utilisées dans les véhicules hybrides. Par contre, le potentiel d’amélioration des performances est limité et les réserves mondiales de lithium sont insuffisantes pour adopter la technologie actuelle de façon universelle. Il n’en demeure pas moins qu’à court terme c’est la seule technologie qui a véritablement atteint le stade de l’industrialisation. Comme le Québec dispose de la deuxième plus importante mine de lithium au monde, il jouit d’un formidable avantage compétitif de départ, qu’il faut néanmoins qu’il commence à exploiter rapidement pour développer des produits finis, faute de quoi il ne demeurera qu’un fournisseur de matières premières parmi d’autres.
  • Piles à combustible. Basées sur le processus d’osmose inversée, elles présentent beaucoup plus de potentiel à long terme autant en termes de capacité volumique que de rapidité de charge que les batteries chimiques traditionnelles. Deux obstacles ralentissent cependant leur industrialisation: En premier lieu, elles requièrent l’utilisation d’hydrogène pur, qu’il faut produire au prix fort puisqu’il n’est pas disponible à l’état naturel. Deuxièmement, elles nécessitent l’utilisation d’un catalyseur et présentement le seul catalyseur que l’on a trouvé pour atteindre de bonnes performances est le platine, métal qui est encore plus cher que l’or. Le Québec n’a pas de réserves significatives de platine connues, mais il est fort probable que lorsque cette technologie sera finalement adoptée par le marché le catalyseur utilisé sera un métal ou un alliage moins cher, que le Québec sera probablement en mesure d’extraire et produire.

Conclusion

Le Québec dispose encore aujourd’hui d’un potentiel de ressources et d’un savoir-faire considérable, mais n’exploite pas ses atouts suffisamment.Cela est probablement dû au fait que le débat dans les médias grand public au cours des dernières années a malheureusement  surtout porté sur le coté purement comptable à court terme de la production d’énergie. En d’autres mots Hydro-Québec est aujourd’hui purement perçue comme la vache à lait du gouvernement et non pas comme le pôle principal autour duquel organiser la planification à long terme du développement industriel du Québec.

Il n’y a pas si longtemps le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôts et de placements ont injecté plus de trois (3) milliards de dollars dans Bombardier, et ce, afin de sauver  (peut-être) quelques milliers d’emplois à court terme.  Au delà de la façon proprement scandaleuse dont ce dossier a été géré (octroi en gestion sans conditions sérieuses des montants faramineux appartenant aux contribuables à la famille Beaudoin-Bombardier) un question se pose: Si un montant équivalent avait été investi (judicieusement) en même temps dans les technologies d’accumulation d’énergie combien de nouveaux emplois bien rémunérés pourraient être crées au Québec d’ici cinq ans? Parions que l’on parle d’au moins d’un ordre de grandeur de plus!

Et l’électronique ?

Un aspect intéressant de l’approche proposée est qu’elle permettrait aussi la relance d’un autre secteur aujourd’hui agonisant au Québec: l’électronique. En effet, juste des projets-pilotes pour tester des nouvelles technologies dans le domaine des accumulateurs d’énergie, vont requérir la conception de systèmes et sous-systèmes électroniques de toutes sortes, qui peuvent tous être conçus et industrialisés localement. Par ailleurs, même si l’on devait utiliser principalement de la quincaillerie fabriquée ailleurs et de la logique programmable, juste la conception des logiciels embarqués représenterait un potentiel d’activités considérable.

Voici une liste non exhaustive des principales catégories concernées:

  • Objets connectés
  • Électronique de puissance de contrôle et de gestion.
  • Domotique.

Espérons que la prise de conscience se fera même à ce niveau…

Email this to someoneShare on FacebookShare on LinkedInTweet about this on TwitterShare on Google+

Laisser un commentaire