OIQ: La nouvelle reine s’installe … avec l’ancien roi déchu juste derrière elle !

Publié le: 28 juin 2016

Classé sous: Messages

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Le résultat des élections est maintenant connu: Kathy Baig a été élue présidente de l’Ordre pour les deux prochaines années. Les résultats détaillés sont publics.

Retour sur la campagne

Plusieurs éléments expliquent le résultat du vote. Chacun de ces éléments, pris séparément, n’a peut être pas eu une influence décisive, mais tous mis ensemble, ils ont définitivement façonné les résultats :

  • Les règles électorales ont été changées de façon considérable par rapport aux élections précédentes. Les nouvelles règles, dont le vote purement électronique, la nécessité de ramasser 30 signatures pour pouvoir se présenter à la présidence, et surtout l‘interdiction pour les candidats de se servir de  »médias grand public », ont crée des distorsions significatives car elles ont pris de court les candidats externes (ceux qui ne siégeaient pas déjà au conseil d’administration), mis au courant de ces changements juste à la toute dernière minute.
  • La présidente élue, Kathy Baig, qui pourtant a eu, en tant que vice-présidente et présidente du comité de transformation, une influence majeure dans la rédaction de ces règles n’a malheureusement pas respecté l’esprit de la plus critique d’entre elles, soit celle relative à l’interdiction de se prononcer dans un media grand public. En effet, dès le début de la campagne elle a lancé un site web (indexé par les moteurs de recherche), mais, malgré cela, elle n’a pas été pénalisée. De plus, elle a été autorisée par les autorités électorales à garder son avantage indu tout au long de la période électorale.
  • Le taux de participation a été carrément anémique: 16.58 % pour l’élection à la présidence, 17,01 % dans la région de Montréal, 17,79 % dans la région de Québec et 17.06 % dans la région de l’Abitibi. C’était la première fois au cours des dernières décennies que l’on votait directement pour le président et l’on ne dispose donc pas de statistiques pertinentes, mais pour ce qui a trait aux élections dans les différentes régions le nombre de votants a toujours été considérablement plus élève (autour de 20-25% à Montréal et autour de 30-50% en région). Dans les faits cela veut dire que seulement 3311 ingénieurs sur un total de 60242 (soit 5.5%) ont exprimé leur préférence pour la présidente élue, Kathy Baig.
  • Kathy Baig a aussi joui d’une certaine division du vote: En effet, les programmes de trois candidats, soit ceux de François Granger, Jean-François Proulx et Zaki Ghavitian, se recoupaient  au niveau de leur compréhension du mandat de l’Ordre ainsi qu’au niveau de la discipline budgétaire. Ensemble, ils ont obtenu 4315 votes, soit environ 1000 de plus que Kathy Baig …  Même si leur personnalités sont très différentes, si ces trois candidats s’étaient coordonnés pour qu’un seul se présente à la présidence et les autres juste au conseil le résultat aurait été probablement différent. Cependant, de par l’introduction des nouvelles règles, de par l’échéancier volontairement très serré, mais aussi pour cause de l’ego considérable de certains d’entre eux, une telle entente n’a jamais été discutée et encore moins réalisée.

Pour toutes ces raisons, et en sachant que le programme de Kathy Baig ne faisait pas mention des résolutions de l’assemblée générale de 6 mai 2014, mais mettait plutôt l’accent sur les  »recommandations » de l’Office des professions, les perspectives de réalisation des résolutions en question paraissaient très très faibles au lendemain du dévoilement des résultats électoraux.

Des informations additionnelles qui auraient pu affecter les résultats si elles avaient été annoncées en temps utile

Le 6 juin 2016, juste avant l’assemblée générale et après le dévoilement des résultats l’OIQ a envoyé un bulletin dans lequel il annonçait:

  • Un bon point, soit, qu’il se retirait de l’assurance médicament dès le 31 décembre 2016. En d’autres mots, mieux vaut tard que jamais: La résolution #3 de l’assemblée générale extraordinaire du 6 mai 2014 sera donc entièrement  satisfaite, deux ans et demi après avoir été adoptée par les membres. Par conséquent, les ingénieurs non-couverts par leur employeur pourront désormais s’assurer à bien meilleur prix avec la RAMQ.
  • Un point ni bon ni mauvais, soit qu’il allait retirer la possibilité pour les grandes firmes de génie-conseil d’obtenir une dispense relativement à l’assurance responsabilité professionnelle pour leurs ingénieurs. Cette décision rendrait moins indigeste la réglementation, car au moins  l’avantage indu que ces firmes détiennent par rapport aux plus petites firmes serait éliminé, mais ne répond pas à la formulation de la résolution 1 de l’assemblée générale extraordinaire du 6 mai 2014, qui demandait le retour au libre marché. Par ailleurs, aucun échéancier de mis en place n’est donné et il demeure toujours la possibilité que l’Office n’approuve pas les modifications au règlement. Il n’en demeure pas moins  que le conseil d’administration au moins essayé de travailler sur le dossier…tout en évitant d’affronter la compagnie d’assurance ENCON, dont le marché captif viendrait d’ailleurs de doubler.
  • Un mauvais point, soit que, après  »négocié » un règlement à l’amiable avec les ingénieurs de Axor qui avaient fait des contributions politiques ensuite remboursées par leur employeur, le bureau du syndic a renoncé à sévir contre 107 ingénieurs de SNC-Lavalin ayant fait des contributions politiques illégales, démontrant ainsi qu’il applique encore deux poids et deux mesures, puisque d’autres ingénieurs travaillant pour des moins grandes firmes ou dans la fonction publique coupables d’avoir enfreint le code de déontologie n’ont pas été traités avec autant d’égards. Les élus actuels n’ont manifestement pas changé les politiques en cette matière, occupés comme ils étaient à débattre des règles électorales et des  »recommandations » de l’Office des professions.

L’ombre de ancien roi trône sur la nouvelle reine !

Malgré toutes les attaques dont il avait fait l’objet dans le médias au cours de la campagne électorale le président sortant, Jean-François Proulx, a néanmoins été élu vice-président en titre par ses collègues administrateurs. Il dispose donc encore d’un suivi considérable au sein du conseil d’administration ainsi que d’une certaine autorité et de certains leviers de pouvoir découlant de son poste actuel.

Il s’agit d’un message quand même assez fort vis-à-vis des cadres de l’organisation qui pensaient s’être débarrassés à jamais en coulant une  »étude » dans les médias où on l’accusait, possiblement de façon grossièrement exagérée, de harcèlement psychologique de celui qui avait dérangé leur routine quotidienne .

Il s’agit aussi d’un message vis-à-vis de la nouvelle présidente, Kathy Baig, qui aurait sans doute mieux aimé composer avec un vice-président en titre un peu moins  »encombrant ».

Pour ce qui est des lobbyistes, des firmes d’avocats et autres consultants accrochés solidement aux jupons de l’OIQ (aux frais des ingénieurs) le message est plus ambigu: Ni Kathy Baig ni Jean-François Proulx n’ont donné des signes clairs de vouloir les affronter.

Enfin, pour ce qui est de l’Office des Professions il semblerait qu’il continue à se mêler de la gestion au jour le jour de l’organisation sans que les administrateurs, Kathy Baig et Jean-François Proulx inclus,  donnent des signes de résistance ou même d’irritation.

Une chance pour Jean-François Proulx

Le  »scandale » dans les médias concernant les allégations de harcèlement psychologique, et le résultat électoral décevant qui s’en est suivi, auraient pu sceller la disparition politique pure et simple de Jean-François Proulx. Sa chance a été qu’il était  »président par intérim » et il a donc pu garder son poste d’administrateur, son mandat comme administrateur arrivant à terme juste l’année prochaine. Du fait que plusieurs membres du conseil lui sont restés fidèles il a donc pu se porter candidat avec succès au poste de vice-président.

En fait, sauvé in extremis par la sonnette alors qu’il était au tapis, Jean-François Proulx jouit d’une rare et inespérée deuxième chance de bien faire. Cependant, pour démontrer qu’il la mérite il devrait néanmoins tirer les conclusions qui s’imposent : Il s’est rendu jusqu’à la présidence parce que il a beaucoup promis au membres, et il a perdu la présidence parce qu’il a cru qu’il s’était rendu jusque là parce qu’il pensait que tout le monde aurait reconnu qu’il était le meilleur, indépendamment de la réalisation de son programme électoral initial or, cette attitude à la fois hautaine et naïve, ainsi que l’absence de résultats tangibles annoncés, ont fait qu’il s’est retrouvé avec la concurrence d’autres candidats à la présidence qui visaient le même électorat que lui, et aussi, plus grave encore, avec les flancs totalement découverts, et donc vulnérables aux attaques médiatiques.

Aujourd’hui, avec moins de moyens qu’auparavant, son défi sera plus que jamais de donner un sens à expressions favorites, dont  »Mettre de l’ordre à l’Ordre » et  »on y travaille », qui sonnent désormais comme des slogans creux aux oreilles de beaucoup d’ingénieurs.

Une opportunité pour Kathy Baig 

En démocratie les votent se comptent et ne se  »pèsent » pas: Peu importe comment s’est passée la campagne électorale et peu importe quelles étaient les informations disponibles, Kathy Baig est maintenant la présidente de l’OIQ.

Cependant, malgré le fait qu’elle ait été très visible pendant la campagne électorale les ingénieurs la connaissent très peu, d’autant plus que sa plateforme électorale est plus une suite de vagues déclarations qu’un véritable programme politique.

Les mauvaises langues diront sans doute que de ce fait elle a toute la latitude pour passer à l’histoire pour les mauvaises raisons, comme une politicienne se servant de l’organisation comme tremplin pour sa carrière politique ou corporative future, à l’instar de certains anciens présidents qui l’ont fait sans vergogne avant elle.

Elle a cependant un autre choix: Être véritablement une présidente qui tient compte des aspirations pour l’Ordre de tous les ingénieurs. Pour ce faire, elle a un avantage de taille: Si elle agit en ce sens, elle devra renoncer à l’appui de l’establishment, mais elle aura l’appui des membres, incluant celui des 94,5 % qui n’ont pas voté pour elle.

Certes, elle n’a pas besoin d’adopter le même style que son prédécesseur, mais deviner ce que les membres veulent n’est pas sorcier :

  • Plus de transparence (rendre les procès-verbaux des réunions du conseil complets disponibles aux membres),
  • Plus de démocratie (tenir des véritables consultations avant de changer des règlements importants, mise en application des résolutions adoptées par les membres en assemblée générale),
  • Recentrage des activités sur la mission de protection du public (afin de mieux contrôler les dépenses, ne pas diluer le message transmis à la population et ne pas donner l’impression aux ingénieurs que l’OIQ est un organisme mercantile),
  • Équité dans le traitement des membres, qu’il travaillent dans les grandes firmes, dans les petites firmes ou dans la fonction publique,
  • S’assurer que la nouvelle loi des ingénieurs (si jamais il y en aura une un jour) couvre mieux les activités d’autant d’ingénieurs que possible,

Pour réaliser ces objectifs il est évident que l’on ne peut éviter de se faire des ennemis, car il faut:

  • mettre  au pas les cadres, qui veulent continuer à agir à leur tête sans réelle supervision de la part du conseil,
  • se débarrasser de la myriade de lobbyistes, assureurs, firmes d’avocats et autres consultants qui tètent l’organisation,
  • montrer à l’Office des professions que l’OIQ n’a pas à se soumettre à ses  »diktats », surtout lorsque l’effet recherché est plus de pouvoir pour lui plutôt qu’une véritable meilleure protection du public.

L’invitation est lancée

Si Kathy Baig choisit cette deuxième voie, l’association lui assure de son entière collaboration.

Cette offre a bien plus de valeur qu’il n’y parait: Dans un contexte où:

  • le gouvernement veut faire passer un nouveau Code des professions (projet de loi 98), qui dans la pratique enlève tout pouvoir aux membres des Ordres, mais aussi augmente énormément le pouvoir de l’Office sur les Ordres eux-mêmes,

et

  •  la loi des ingénieurs pourrait être changée dans le sens d’une dilution accrue des domaines et des actes couverts, l’association pourrait jouer un rôle beaucoup plus agressif que l’Ordre, puisque, de par sa mission, l’OIQ se doit de demeurer neutre et discret, alors que l’association n’a pas de telles contraintes.

Alors, mettons cette campagne électorale derrière nous et plutôt que de gaspiller des énergies à nous battre entre ingénieurs, travaillons ensemble de façon constructive pour le bien de la profession!

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