OIQ: Une augmentation réelle de cotisation de 17,6 % politiquement motivée

Publié le: 5 juin 2017

Classé sous: Messages

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Une annonce anodine

Le 18 mai 2017 soit environ un mois avant l’assemblée générale annuelle régulière de l’Ordre des ingénieurs du Québec qui aura lieu le 15 juin 2017, un bulletin annonçant discrètement que le conseil d’administration allait soumettre aux membres une résolution à l’effet de fixer la cotisation régulière pour l’année 2018-2019 à 400 $ a été envoyé aux ingénieurs. Bien évidemment la grande majorité des ingénieurs n’y a vu que du feu puisqu’ils viennent d’envoyer un paiement de 491, 06 $ à l’OIQ au mois de mars pour pouvoir se réinscrire cette année.

Le problème est que le montant payé au mois de mars inclut toute sortes de frais qui ne sont pas détaillés dans le texte, dont notamment une cotisation supplémentaire de 50$ déclarée de façon rétroactive en cours d’année. Ce n’est qu’en lisant très attentivement un texte à part intitulé Cotisation 2018-2019 : informations complémentaires qu’un profane peut se rendre compte que l’Ordre entend rendre permanente la ponction de 50$ de 2017-2018 imposée rétroactivement.

L’argument utilisé? Le voici: « Tel qu’il avait été annoncé, cette cotisation supplémentaire (de 50$ ndlr.) a été intégrée à la cotisation régulière, pour maintenir les efforts entrepris afin de rehausser de façon permanente les activités de protection du public de l’Ordre.« 

Ensuite, le 25 mai 2017  un billet signé par la présidente Kathy Baig a paru sur le Pulse  (page d’accueil de LinkedIn), dans lequel elle reprend les éléments mentionnés dans les textes sur la cotisation mentionnés dans le Bulletin du 18 mai en montant en épingle dans le titre que l’augmentation  »réelle » serait de  »seulement » de 10$, et ce, tout en évitant de mentionner le fait que la cotisation supplémentaire de 50$ aurait été  »intégrée » à la cotisation régulière.

La véritable augmentation réelle proposée est de 60$ (avant taxes et autres frais)

Peu importe comment la chose est présentée, un fait demeure: la cotisation de  base risque de passer de 340$ à 400$. La seule ambiguïté qui restait au début du mois de juin était de savoir si l’approche de l’OIQ aurait été de faire voter les membres sur une augmentation de 10$ ou une augmentation de 60$. À cette question directe l’OIQ a répondu:  »Une augmentation de 60$ sera donc soumise aux membres lors de l’Assemblée Générale Annuelle du 15 juin prochain ».

Prenons acte et espérons que si les membres refusent la cotisation restera à 340$. Espérons aussi que dans un tel cas l’OIQ respecte sa parole, réaménage son budget et s’abstienne de bafouer la volonté des membres en déclarant une nouvelle cotisation supplémentaire en cours d’année (comme elle fit déjà par le passé).

Au delà de la façon cavalière dont cette augmentation proposée a été annoncée est-elle justifiée?

Par le truchement de sa présidente Kathy Baig, l’OIQ justifie cette augmentation en invoquant le PLAN2020 et en mentionnant spécifiquement:

 »Les membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec et les parties prenantes demandaient des actions concrètes pour mieux protéger le public. L’Ordre devait également moderniser ses approches, ses processus et ses outils afin de mieux soutenir ses membres au quotidien.

Ainsi, une planification stratégique rigoureuse a été réalisée. Une série d’actions concrètes et ambitieuses ont été identifiées, et le Plan ING2020 est né. Ces actions sont déployées depuis le 1er avril dernier et le seront jusqu’en 2020.

Déjà, le Plan ING2020 est bien accueilli et il suscite l’adhésion tant des membres que de nos autres parties prenantes. Mais, il s’avère important de maintenir les efforts entrepris afin de rehausser de façon permanente les activités de protection du public de l’Ordre. »

Or, au mois d’octobre 2016 plus de 200 ingénieurs, dont un ancien président et un ancien vice-président ont clairement indiqué à la ministre Stéphanie Vallée, ainsi qu’aux tuteurs, comment redonner de la crédibilité à l’organisation auprès du public et des membres. L’OIQ doit notamment endiguer les phénomènes suivants:

  • Pratiques préférentielles envers certains contrevenants par rapport à d’autres,
  • Comportement pour le moins non-éthique de la part de plusieurs élus haut placés et comportement souvent irresponsable de la part de certains cadres dont les gestes n’étaient pas (et ne sont toujours pas) supervisés adéquatement par le conseil d’administration.
  • Utilisation discutable des ressources financières pour des fins sans lien avec la mission de protection du public.
  • Conditions salariales des cadres extrêmement généreuses et bien supérieures au marché.
  • Dilution de la mission avec des activités de nature purement commerciale ou publicitaire.

Aucun de ces points hautement critiques n’est même mentionné dans le PLAN 2020. En fait, bon nombre des points indiqués comportent des solutions à des problèmes imaginaires. Par exemple,

a) Le point 4 à l’effet  »d’accroître notre présence sur la place publique » ne peut être reconduit à la mission d’un ordre professionnel. Ses représentants ne devraient intervenir dans les médias que lorsque la sécurité du public est menacée et certainement pas pour se dandiner à des galas de chambres de commerce ou à des quelconques événements de remises de prix. Non seulement les coûts associés à ce genre d’activités est prohibitif, mais de plus il existe d’autres organisations pour ça.

b) Le point 5 à l’effet  »d’instaurer un nouveau programme d’inspections professionnelles » a certainement trait à la mission, mais on ne sait toujours pas en quoi l’ancien programme faisait défaut. Tout ce que l’on sait est que les anciens inspecteurs ont été cavalièrement remerciés et de nouveaux ont été embauchés au cours de la dernière année.

 c) Le point 8 à l’effet  »d’optimiser l’expérience client » est certainement louable, mais il faut admettre que l’expérience-client est un concept excessivement vague, surtout en considérant que le concept de  »client » est extrêmement difficile à définir pour un ordre professionnel. Les membres sont-ils des clients? Le public est-il un client? Bref, grâce à une telle expression fourre-tout il est possible d’introduire dans le budget des sommes non-détaillées considérables, d’autant plus qu’au cours des dernières années l’OIQ a développé une capacité tout à fait exceptionnelle à s’exprimer dans la  »langue de bois » en réponse à des interrogations et à des requêtes de différents intervenants.

d) Le point 9 à l’effet  »d’implanter des outils informatiques modernes et efficaces » pourrait sembler un point valable, sauf que si l’on regarde à la page 64 du rapport annuel de 2015-2016 on constate que les charges directes pour la technologie de l’information sont de 2.2 M$ et ce chiffre n’inclut même pas l’amortissement pour les achats d’équipement ni les frais de soutien. Tout cela pour gérer une base de données avec quelques dizaines de colonnes d’environ  60,000 noms!

On pourrait discuter aussi des autres points du Plan 2020 et en montrer les faiblesses, mais la réalité est que cette augmentation de 17,6% proposée découle d’une volonté politique imposée par le gouvernement par le truchement des tuteurs, ainsi que des pressions des cadres supérieurs de la permanence bien plus que de nécessités réelles, Entre temps les vrais problèmes de l’organisation, bien explicités dans la lettre à la ministre Vallée continuent à être ignorés royalement.

Le but de la manœuvre est manifestement de faire croire à la population qu’en augmentant la cotisation tous les détenteurs du titre coupables de collusion, corruption et donations illégales à des partis politiques seront punis comme il se doit, alors qu’aucun changement de politique n’est proposée pour  régler ce problème.

Le jeu dangereux du CA de l’OIQ

D’une part le conseil d’administration de l’OIQ, en approuvant à l’unanimité le Plan 2020 a manifestement  accepté de se mettre en première ligne pour sauver la réputation des politiciens au détriment de l’immense majorité des ingénieurs qui n’ont rien à se reprocher, alors qu’il aurait pu leur laisser l’odieux d’imposer une telle décision.

D’autre part, certains administrateurs (mais certainement pas tous) ont possiblement considéré que 50$ ou 60 $ d’augmentation était un prix raisonnable à payer pour acheter la paix, car si les tuteurs avaient pris ouvertement et publiquement les choses en main ils auraient possiblement imposé une augmentation beaucoup plus importante sous prétexte que les ingénieurs seraient trop radins.

Que faire alors lors de l’assemblée ?

Il n’y a pas de doute que l’association regrette et déplore que les ingénieurs:

  •  se retrouvent à devoir payer les pots cassés des politiciens,
  • aient à financer les salaires princiers des cadres de l’OIQ, presque toujours bien supérieurs à ceux qu’eux mêmes reçoivent.
  • aient l’impression que la présidente de l’OIQ se moque d’eux en utilisant une formulation digne de la  »novlangue » pour essayer de faire passer une augmentation de 60$ comme si elle n’était que de 10$.

Ne serais-ce que pour ces raisons elle estime qu’il faudrait voter contre l’augmentation en assemblée générale.

Cependant, il est aussi évident que le calendrier ne nous est pas favorable. L’année dernière le gouvernement a mis l’OIQ en tutelle en plein été en profitant du fait que tout le monde était en vacances. Il pourrait faire de même cette année encore et imposer une augmentation encore plus substantielle.

Consciente des dangers non seulement financiers, mais aussi et surtout en termes de réputation pour la profession, l’association encourage tous les ingénieurs qui seront présents à l’assemblée du 15 juin à voter selon leur conscience en fonction de leur appréciation du risque.

Cependant elle les encourage aussi fortement à soulever encore une fois les éléments figurant dans la lettre envoyée à la ministre Vallée et aux tuteurs pour que les journalistes présents dans la salle aient une perception plus objective et plus juste des véritables dessous associés à cette augmentation.

Où et quand a lieu l’assemblée?

L’Assemblée générale annuelle (AGA) aura lieu le 15 juin à partir de 17 h 30 au Palais des congrès de Montréal (salle 710). Davantage d’information est disponible sur le site de l’OIQ.

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