OIQ: Plus de 200 ingénieurs demandent à la ministre Vallée et aux tuteurs d’agir

Publié le: 24 octobre 2016

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Suite à la mise en tutelle de l’Ordre des ingénieurs du Québec par le gouvernement, l’association a fait circuler entre ses membres, mais aussi dans les réseaux sociaux, une pétition intitulée  »Tutelle de L’OIQ: Appel à la ministre Mme. Stéphanie Vallée ». Le but de cette pétition était de demander à la ministre responsable des professions, Mme Stéphanie Vallée, d’insérer dans le mandat donné aux trois tuteurs les éléments spécifiques qui feraient que l’OIQ serait effectivement outillé pour ré-acquérir ses  »lettres de noblesse », soit l’objectif déclaré dans le décret qui a paru dans la Gazette Officielle.

La pétition est désormais fermée depuis deux semaine et a été envoyée autant à la ministre qu’au tuteurs.

Entre les signataires, en plus du président de l’association, Giuseppe Indelicato, on remarque plusieurs personnes bien au fait des rouages de l’organisation et du système professionnel, dont notamment Gaétan Lefebvre, ancien président de l’OIQ.

Un conseil d’administration caractérisé par des démissions et des postes vacants

Dans un contexte où les démissions au conseil d’administration de l’OIQ se multiplient et  se comptent sur les doigts de deux mains depuis juin 2016, les deux dernières ayant eu lieu ce mois-ci (Paul-Emile Barbeau et Vincent Ouellette), il est plus que jamais essentiel de donner l’heure juste au gouvernement, ainsi qu’aux tuteurs et à la population.

Cela est d’autant plus vrai que même s’il est possible que certains administrateurs auraient quitté parce qu’ils percevaient l’inutilité de leur rôle dans une organisation en tutelle, d’autres ont clairement abandonné le navire parce qu’ils ne voulaient être associés de prés ou de loin à un redressement totalement loupé.

Les racines des maux

Au delà des explications parfaitement superficielles propagées par certains journalistes dans les media grand public, la vérité est que si l’OIQ n’a pas agi contre les détenteurs du titre qui faisaient des malversations lorsque c’était le temps c’est parce que les racines des maux qui rongent l’OIQ sont profondément enracinés dans la culture de l’organisation, dont:

  • Pratiques préférentielles envers certains contrevenants par rapport à d’autres,
  • Comportement pour le moins non-éthique de la part de plusieurs élus haut placés et comportement souvent irresponsable de la part de certains cadres dont les gestes n’étaient pas (et ne sont toujours pas) supervisés adéquatement par le conseil d’administration.
  • Utilisation discutable des ressources financières pour des fins sans lien avec la mission de protection du public.
  • Conditions salariales des cadres extrêmement généreuses et bien supérieures au marché.
  • Dilution de la mission avec des activités de nature purement commerciale ou publicitaire.

Les problèmes observés par la juge Charbonneau sont la conséquence directe des ces défaillances et le fait que ces problèmes soient demeurés même après que de nombreux changements d’individus au sommet de l’organisation aient eu lieu démontre l’inutilité des petits ajustements.

Ce sont  des mesures musclées qui adressent les problématiques ci-haut mentionnées qui sont requises, et c’est aux tuteurs d’agir puisque les administrateurs n’ont pas su ni voulu prendre les mesures qui s’imposaient.

Conclusion

La situation financière  »précaire » de l’organisation citée comme l’une des raisons de la mise en tutelle de l’OIQ n’est pas la cause mais plutôt l’une des conséquences des problèmes ci-haut mentionnés.

Si la ministre Vallée souhaite vraiment que l’organisation se réaligne sur sa mission véritable de protection du public, regagne ses  » lettre de noblesse » et que les scandales de financement illégal de partis politiques et de collusion/corruption arrêtent, il faut qu’elle donne aux tuteurs le mandat de traiter ces éléments en priorité.

 

ANNEXE-TEXTE DE LA LETTRE

Madame la Ministre,

Déjà en 2010, plusieurs administrateurs de l’Ordre des ingénieurs en poste avaient vigoureusement dénoncé auprès du président de l’Office des professions, Jean-Paul Dutrisac, l’utilisation de ressources de l’organisation pour des fins manifestement autres que la protection du public par les personnes qui contrôlaient l’organisation à ce moment là. Leurs doléances furent totalement ignorées, et ne furent même pas mentionnées par le président de l’Office des professions lors de son passage à la commission Charbonneau. Pendant ce temps les enquêtes de l’OIQ relatives aux donations illégales aux partis politiques, ainsi que celles relatives aux affaires de collusion et corruption, traînaient lamentablement.

En 2013, les ingénieurs réunis en assemblée générale à Levis refusèrent une augmentation de cotisation, non pas parce qu’ils voulaient protéger les détenteurs du titre qui avaient trempé dans les affaires ci-haut mentionnées, mais plutôt parce qu’ils exigeaient que l’Ordre des ingénieurs fasse d’abord l’exercice de recentrer ses activités sur sa mission au lieu de gaspiller plus de la moitié de ses ressources dans des activités non-reliées à la protection du public.

En mai 2014, suite à l’obstination des dirigeants d’alors de continuer à gérer l’organisation de façon arbitraire et inefficace, presque 2000 ingénieurs, réunis en assemblée générale extraordinaire, votèrent des résolutions visant à redresser la gestion de l’organisation. Malheureusement, en date d’aujourd’hui, plusieurs des résolutions adoptées ne sont toujours pas mises en application, ce qui alimente le sentiment chez la grande majorité des ingénieurs que l’organisation ne peut être reformée puisque, peu importe qui la dirige, elle se refuse de devenir plus transparente et équitable.

Aujourd’hui, de par la loi actuelle, plusieurs dizaines de milliers d’ingénieurs ne sont pas obligés d’être membres de l’OIQ pour gagner leur vie.  Ils ne voient donc plus l’avantage de se soumettre à de nombreuses contraintes financières et déontologiques alors que le titre a perdu son lustre en raison des frasques commises par une infime minorité de détenteurs du titre ainsi que par plusieurs dirigeants de l’organisation au cours de la dernière décennie.

Dans ce contexte votre récente décision de mettre en tutelle l’Ordre des ingénieurs du Québec pourrait être vue comme un tournant positif. Cependant, encore faudrait-il que les tuteurs s’attaquent aux vraies raisons pour lesquelles la crédibilité de l’organisme auprès du public et auprès des ingénieurs est en chute libre. En particulier, nous vous encourageons fortement à insérer dans leur mandat les éléments prioritaires suivants :

  • Cesser la pratique de  »négocier » des ententes avec des détenteurs du titre d’ingénieur qui ont fait des donations illégales aux partis politiques et établir une collaboration serrée entre l’OIQ, l’UPAC et la DGEQ afin de partager les informations et éviter le dédoublement des enquêtes. De plus, les sanctions appliquées doivent aussi sévères pour les contrevenants œuvrant dans des grandes firmes que pour ceux qui travaillent dans des petites entreprises ou dans la fonction publique, ce qui ne semble pas être le cas présentement.
  • Assainir la gestion et la culture de l’organisation, en s’assurant que tous les élus et employés soient redevables par rapport aux gestes qu’ils posent par l’imposition de sanctions sévères pour toute violation des lois, des règlements et des politiques internes. Les ressources humaines et financières de l’organisation ne doivent plus jamais plus être utilisées à des fins personnelles.
  • Assainir les mœurs en alignant les salaires des cadres avec ceux payés dans des postes équivalents dans la fonction  publique. Les ingénieurs acceptent mal que le salaire du directeur général soit supérieur à celui du premier ministre du Québec et celui des autres cadres largement supérieur au leur. De plus, les montants discrétionnaires pouvant être dépensés par le président ou par le directeur général sans obtenir une résolution du conseil d’administration doivent être ramenés à des valeurs raisonnables.
  • Élaguer toutes les activités qui n’ont pas de lien avec la mission, dont la fourniture de services aux membres, la publicité, les commandites ainsi que les interventions publiques sans rapport direct avec la protection du public. Dans ce cadre, il faudra aussi réviser l’organigramme en s’assurant que tous les postes dans l’organisation aient un lien justifiable avec la protection du public.

Nous comprenons que votre intention est de redonner des lettres de noblesse à la profession d’ingénieur, à l’Ordre des ingénieurs du Québec et par ricochet à tout le système professionnel.  C’est un objectif louable et nous pouvons vous assurer qu’en priorisant les éléments ci-haut mentionnées , vous allez convaincre la population ainsi que l’immense majorité des ingénieurs du bien-fondé de votre démarche.

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à cette lettre, nous vous prions d’accepter l’expression de notre plus haute considération.

Signatures

CC:   Michel Pigeon, tuteur

        Johanne Brodeur, tutrice

        François Renauld, tuteur

 

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