Pourquoi l’OIQ, le RéseauIQ et Ingénieurs Canada ne veulent pas décrocher de Manuvie ? Partie 1

Publié le: 10 janvier 2017

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Préambule

Lors de l’assemblée générale extraordinaire du 6 mai 2014 les dirigeants de l’époque de l’OIQ ont fortement insisté sur la supposée nécessité de ne pas abandonner à leur sort les ingénieurs qui détenaient une police d’assurance-invalidité ou une police d’assurance-vie avec les programmes de la compagnie Manuvie parrainés par Ingénieurs Canada. En particulier, ils ont monté en épingle le fait qu’il y avait plus d’ingénieurs qui souscrivaient une assurance-invalidité ou une assurance-vie (ils n’ont jamais fait l’effort de séparer les deux) que d’ingénieurs qui souscrivaient une assurance médicaments (9443 versus 2390).

L’improbable lien entre les deux groupes découlait du fait que la loi sur l’assurance médicaments prévoit qu’un ordre professionnel qui offre un programme d’assurance invalidité doit aussi offrir un programme d’assurance médicaments (qui devient donc de fait obligatoire). Pour ce qui est de l’assurance vie les choses sont bien moins claires, mais les dirigeants de l’OIQ ne se sont pas gênés pour tout mettre dans le même sac.

Leur théorie était que si l’Ordre arrêtait d’offrir l’assurance-médicaments afin de permettre aux ingénieurs concernés de s’assurer avec la Régie de l’assurance médicaments (RAMQ), il aurait aussi dû arrêter d’offrir l’assurance-invalidité et l’assurance-vie, et ceci aurait porté préjudice à un plus grand nombre d’ingénieurs que ceux affectés par les primes prohibitives pour l’assurance-médicaments des assureurs privés.

Aujourd’hui les nouveaux dirigeants reviennent encore avec le même argument dans la nouvelle FAQ qu’ils viennent de mettre en ligne (cliquez sur le premier onglet intitulé  »assurance médicaments »), aux différences près qu’aujourd’hui l’OIQ ne parle plus d’offrir mais de  »rendre disponible » par le biais d’Ingénieurs Canada le programme d’assurance médicaments, et les chiffres ont légèrement changé (9400 vs. 1890).

Analyse

L’argument de ne pas  »laisser tomber » les ingénieurs qui souscrivent une assurance invalidité ou une assurance-vie avait tout l’air et a toujours tout l’air d’être juste un prétexte pour garder le statu quo. En effet:

  • Le résultat du vote sur la résolution  lors de l’AGE du 6 mai 2014 était on ne peut plus clair, 85.4% des ingénieurs présents ayant voté en faveur de la résolution suivante :

 »L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE demande au conseil d’administration:

1) D’effectuer toutes les démarches nécessaires pour que les ingénieurs non couverts par une assurance médicaments de leur employeur ou de l’employeur de leur conjoint puissent profiter des primes et des conditions offertes par le régime public;

2) D’informer les membres de toutes les démarches accomplies en relation avec cette résolution, en donnant les raisons des décisions prises, et ce, avant le 1er mars 2014.(*) »

(*) La date limite avait été amendée car l’assemblée avait eu lieu après cette date.

Si l’on suppose que des quelques 2000 ingénieurs présents dans la salle ce soir là, le pourcentage des détenteurs de police d’assurance vie et invalidité était le même que pour l’ensemble des membres de l’OIQ, il est particulièrement étonnant qu’à part certains administrateurs et certains employés de l’OIQ, pas une voix ne se leva ce soir là pour réclamer le maintien de ces programmes.

  • Depuis l’AGE de 2014, le sujet est revenu sur le tapis à plusieurs reprises, autant dans les communiqués de l’OIQ que lors des assemblées générales régulières. Ni à ces occasions, ni lors de l’annonce de l’OIQ de se retirer du programme de SOGEMEC, ne serais-ce qu’un seul ingénieur détenant une police d’assurance invalidité ou d’assurance vie avec Manuvie parrainée par Ingénieurs Canada ne s’est manifesté publiquement pour s’opposer à ce que ces programmes soient terminés.
  • Il est hautement improbable que Manuvie  »laisse tomber » les ingénieurs québecois bénéficiaires des polices d’assurance-invalidité ou d’assurance-vie. Ce domaine est fortement réglementé et de plus, une telle décision de sa part affecterait négativement la réputation de la compagnie, notamment avec tous les autres ingénieurs dans les autres provinces. Il est beaucoup plus probable que Manuvie se verrait dans la situation de devoir offrir aux ingénieurs québecois la possibilité de migrer vers un autre programme ou encore elle rachèterait leur polices à la valeur de marché.

La langue de bois comme  »modus operandi »

En lisant les affirmations parues dans le site de l’OIQ ou dans le groupe Linkedin de l’OIQ, il est évident que les gestionnaires de l’OIQ utilisent la langue de bois pour éluder la question et faire semblant qu’ils n’y sont pour rien. En voici un exemple flagrant:

 »Pour les 1 900 membres concernés, des démarches ont été entreprises par l’Ordre pour qu’ils aient accès à une couverture d’assurance médicaments à un coût équivalent à celui offert par le régime public. »

Dès l’été 2014, le CA a formé un comité ad hoc afin de faire le suivi sur les propositions soumises par les membres présents à l’AGE, incluant l’assurance médicaments. Le CA a décidé de centrer ses activités sur sa mission et a donc décidé de mettre fin au programme d’assurance médicaments actuellement offert par le cabinet en sécurité financière Sogemec Assurances et l’assureur Desjardins Assurances le 31 décembre 2016 et en a fait l’annonce dans le Bulletin Plus du 6 juin 2016. Ingénieurs Canada, en collaboration avec Manuvie, a confirmé, par la suite, que les membres de l’Ordre auront accès à des garanties d’assurance médicaments et soins médicaux à compter du 1er janvier 2017. La teneur générale de ce programme est présentée sur le site web de Manuvie ou appeler au 1 877 598-2273. »

Est-ce crédible que Manuvie et Ingénieurs Canada auraient pris l’initiative d’offrir le programme l’assurance médicaments de leur propre chef, sans consulter l’Ordre, tel que cette affirmation le sous-entend? La réponse se trouve dans la déclaration successive, toujours parue dans la même discussion dans le groupe Linkedin de l’OIQ, dans laquelle l’Ordre essaye maladroitement d’amadouer les membres affectés :

 »Nous désirons préciser qu’à la demande de l’Ordre, Ingénieurs Canada en collaboration avec Manuvie a offert pour l’année 2017, une subvention de transition de programme qui a pour effet de diminuer l’augmentation de prime que certains membres ont subit au 1er janvier 2017. Ceci afin de minimiser le plus possible l’impact du changement de programme. Cette subvention s’applique aux membres dont l’augmentation de prime est de plus de 15$/mois. La subvention est en moyenne de 10%. »

Tiens, tiens, pas la peine de pointer discrètement le doigt vers d’autres…visiblement l’OIQ, Ingénieurs Canada et Manuvie travaillent la main dans la main dans ce malheureux dossier ! En ce qui a trait à la subvention de transition et dans le contexte où un grand nombre de membres concernés ont reçu une facture du double de l’année dernière, on dirait que la tentative des  »communicateurs créatifs » de l’OIQ de  limiter les dégâts risque se se révéler extrêmement contre-productive, tellement ces ingénieurs ont l’impression que l’on se moque d’eux !

Mais alors pourquoi l’OIQ insiste encore avec cet argument ?

De ce qui précède il est absolument évident que si l’on essaie d’expliquer le comportement des dirigeants de l’OIQ en fonction de leurs déclarations on ne peut qu’avoir l’impression qu’ils agissent de façon parfaitement irrationnelle: Leurs décisions et encore plus leur attitude à l’effet de prendre les ingénieurs pour des imbéciles, ne peuvent que motiver de nombreux  »bons ingénieurs », tout à fait en règle avec leurs obligations vis-à-vis de la protection du public, à quitter l’OIQ et abandonner leur titre, nuisant ainsi aux finances et aussi à la réputation (si besoin était) de l’organisation.

Ceci est d’autant plus vrai que, du moins officiellement, l’OIQ n’aurait aucun intérêt financier dans le dossier étant donne qu’un arbitre a statué en 2013 qu’Ingénieurs Canada doit verser les redevances associées à la commercialisation des programmes de Manuvie au Québec au Réseau des ingénieurs du Québec et non pas à l’OIQ.

Mais est-ce vraiment le cas que l’OIQ n’a aucun intérêt financier dans ce dossier en tant qu’organisation ? Ce sera le sujet du prochain billet.

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