Que cache la démission de Thierry Vandal ? Une privatisation peut-être?

Publié le: 8 février 2015

Classé sous: Énergie

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Giuseppe

Par Giuseppe Indelicato, ing.

Thierry Vandal a annoncé sa décision aux employés d’Hydro-Québec le 30 janvier 2015. Depuis, plusieurs théories circulent, dont certaines très farfelues, d’autres plus logiques, mais toutes difficiles à prouver, surtout étant donné le mutisme obstiné du président démissionnaire, qui s’est limité à dire qu’il ne se lancera pas en politique mais qu’il restera  »très très actif« . En d’autres mots, on sait absolument rien sur ses plans, d’autant plus que c’est bien connu que ceux qui se lancent en politique nient jusqu’à la dernière minute!

D’après l’article de Régys Caron intitulé Couillard ne s’inquiète pas des démissions paru dans le Journal de Montréal le 3 février 2015, lorsque questionné au sujet de la démission de Thierry Vandal, le premier ministre Philippe Couillard a refusé de s’entendre sur le sujet. Voici un court extrait de l’article:

 »Le premier ministre Philippe Couillard accueille avec un haussement d’épaules la triple démission qui vient de survenir à la haute direction d’Hydro-Québec.

Dans une entreprise comme Hydro-Québec, il y a des changements dans lesquels des personnes se disent qu’elles veulent faire autre chose. C’est tant mieux, nous leur souhaitons bonne chance», a commenté le chef du gouvernement au sujet des démissions successives du grand patron Thierry Vandal, de la vice-présidente exécutive Marie-Josée Nadeau et du grand responsable du programme des compteurs intelligents Georges Abiad. »

Il est donc clair que le premier ministre a déjà un plan pour Hydro-Québec, mais il se garde bien de dire lequel il est. Par contre, il y a un fait qui est indéniable: Malgré le fait que c’est Thierry Vandal qui a démissionné deux ans avant la fin de son mandat, Hydro-Québec compte lui verser une indemnité de départ d’environ un demi-million de dollars. Cela a tout l’air de vouloir acheter la paix.

Ce genre de transaction fait d’ailleurs carrément hurler, à raison, les tenants de la légalité et de la justice, comme le démontre cet article du 4 février 2015 signé par Me Francois Leduc intitulé  »Une indemnité de départ contraire au Code civil » paru dans Droit-inc.com, un média d’information spécialisé où les sujets sont traités en priorité sous l’angle du droit. Voici la conclusion de Me Leduc:

 »Toute personne raisonnable qui démissionne de son emploi le fait en prévision d’un nouvel emploi ou parce qu’elle est sur le point d’être embauchée chez un nouvel employeur. Une telle démission est planifiée et repose sur l’existence d’une option de rechange. Personne parmi les hauts dirigeants d’entreprise ne démissionne sans cette sécurité certaine. Il sera intéressant d’observer là où va atterrir M. Vandal.

C’est un message totalement contre-productif envoyé par le premier ministre Couillard et le Conseil du trésor, à l’aube des grandes négociations dans le secteur public. Le gouvernement libéral doit agir sans délai et mettre en demeure Hydro-Québec de suspendre tout paiement. Ce serait lancer un fort signal de cohérence et de fermeté, alors que les contribuables doivent acquitter des hausses tarifaires importantes et consentir à des sacrifices difficiles. »

Évidemment il y en a qui formulent l’hypothèse qu’il ne s’agit pas du tout d’une  »vraie démission », mais plutôt d’un congédiement déguisé. L’article de J.-Jacques Samson dans le Journal de Montréal du 5 février 2015 intitulé  »Les exécutants exécutés » dit grosso modo que Thierry Vandal, après avoir fait tout le sale travail pour les politiciens n’était plus présentable, et qu’un nouveau  » fusible », si possible encore plus docile, allait être mis à la tête de la société d’état.

Cette théorie est compatible avec le paiement de l’indemnité, mais c’est là que ça s’arrête. Le reste est moins crédible et cela pour plusieurs raisons.

  • Thierry Vandal pouvait probablement s’incruster à la présidence d’Hydro-Québec jusqu’à la fin de son mandat. En effet, Philippe Couillard ne pouvait pas le mettre à la porte directement, mais seulement par le biais des administrateurs qui siègent au conseil, opération délicate s’il est une, car à chaque fois qu’il y a du tordage de bras on risque qu’il y en ait qui ne se prêtent pas au jeu.
  • Par ailleurs, pour qu’une telle opération fonctionne, il est preferable de d’abord s’organiser pour que la performance du gestionnaire soit attaquée dans les médias, et, là encore, la performance de M. Vandal, du point de vue de l’état, était difficilement attaquable, comme le démontrent les derniers résultats de la société d’état.

Non, Thierry Vandal n’a pas auprès des employés ou des citoyens la réputation de quelqu’un qui n’a pas l’entreprise à cœur, contrairement par exemple à Hubert Lacroix chez Radio-Canada , et malgré son allégeance libérale, il ne s’est jamais montré très chaud pour une éventuelle privatisation de l’entreprise, sujet sur lequel il a toujours refusé de se prononcer. Le seul moyen de le faire déguerpir était de l’acheter et c’est vraisemblablement ce que le gouvernement libéral a fait.

La question est pourquoi, mais une chose est certaine: Il y a lieu de craindre pour l’avenir de la seule grande entreprise d’ingénierie qui va encore bien au Québec.

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