Reconstruire le génie-conseil

Publié le: 4 mai 2016

Classé sous: Énergie

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La publication de la politique énergétique du Québec par le gouvernement provincial est l’occasion d’une réflexion plus générale sur le rôle des instances gouvernementales dans le développement de notre économie.

Le génie-conseil québécois et plusieurs entreprises manufacturières locales ont bénéficié des investissements d’Hydro-Québec, un acteur clef du secteur énergétique. Le modèle d’Hydro-Québec peut inspirer une politique québécoise plus générale qui s’appliquerait aux investissements du gouvernement du Québec dans le système routier, dans le réseau hospitalier et dans les municipalités, grandes et petites. Ces investissements devraient être des occasions de développement d’entreprises québécoises dans les domaines du génie-conseil, de la construction et de la production de biens, des domaines où les ingénieurs devraient bien tirer leur épingle du jeu. Ces entreprises devront par la suite exporter leur savoir-faire ou leurs produits, sans quoi ce développement sera forcément limité, et ces entreprises vulnérables. Reconstruire ces secteurs ne sera pas facile, du moins pour le génie-conseil, car le Québec part de loin.

Tout d’abord, les quelques affairistes détenteurs du titre mis en évidence par la Commission Charbonneau nuiront encore longtemps à l’ensemble de la profession, au secteur du génie-conseil en particulier. Favoriser des entreprises présente toujours le risque d’aboutir en collusion et en corruption. Il va donc falloir redoubler d’honnêteté, de rigueur et d’imagination pour convaincre la population des bienfaits d’une telle politique, et s’assurer de l’intégrité des firmes et surtout de leurs dirigeants.

De plus, les ententes internationales de libre concurrence constituent une autre difficulté. Il faut les étudier soigneusement pour continuer à les respecter, tout en faisant la promotion d’entreprises québécoises.

Comment Hydro-Québec a favorisé l’essor du génie-conseil

En ce qui concerne le développement des firmes de génie-conseil, il a existé longtemps une politique officieuse de recours aux firmes de consultants. Cette politique prévoyait qu’Hydro-Québec devait être un propriétaire averti de ses ouvrages (des digues, de ses réservoirs jusqu’au transformateur de distribution desservant des clients, en passant par tous les automatismes, télécommunications, etc.) et donc avoir un bassin d’experts pour l’ensemble de ses champs d’activité.

Hydro-Québec exerçait par conséquent un leadership technologique en utilisant ses experts pour la bonne et simple raison qu’aucune firme de génie-conseil n’avait ni la capacité financière ni le besoin de garantir une telle expertise. Hydro-Quebec se réservait donc les activités à l’interne pour maintenir ce leadership et jouer son rôle de propriétaire mais faisait faire ses autres travaux de génie par des firmes de génie-conseil locales. Ces entreprises développaient ainsi une expertise qu’elles pouvaient ensuite offrir dans le secteur manufacturier local et à l’international.

Avec les bouleversements dans l’industrie du génie-conseil qui ont suivi la Commission Charbonneau et avec les réductions budgétaires imposées par le gouvernement à Hydro-Québec, il faudrait voir si cette politique est encore pertinente et appliquée. Ce qui est pertinent toutefois, c’est le maintien d’un important noyau d’experts à l’emploi d’Hydro-Québec, car cela pourrait permettre au Québec d’utiliser son vaisseau amiral pour soutenir un secteur d’activités important comme le génie-conseil. Il faudrait probablement mettre à jour cette politique, en fonction des changement technologiques et environnementaux des dernières années, mais l’effort en vaut la peine.

Élaborer une politique pour l’ensemble des activités publiques

Cet effort pourrait aussi se transposer au gouvernement du Québec ainsi qu’aux municipalités. Le ministère des transports et les municipalités consacrent des milliards au réseau routier, à l’éclairage public, etc. Pourquoi ne pas mettre ces travaux dans une ou quelques régies, qui pourraient développer une expertise, s’assurer d’une participation d’ingénieurs-conseils de partout au Québec et participer au développement de ces firmes. Pourquoi ne pas utiliser l’argent de nos comptes d’électricité, de nos impôts et de nos taxes pour développer à nouveau une industrie du génie-conseil locale et une industrie de fourniture de biens ? Est-ce qu’une poignée d’affairistes, détenteurs du titre, va réussir à empêcher le Québec de recréer l’industrie du génie-conseil de ses cendres?

Le secteur de l’énergie n’est pas le seul qui peut contribuer à redémarrer l’industrie du génie conseil, d’autres corps publics peuvent et doivent être mis à contribution. Il faut reconstituer un noyau de firmes locales, qui pourront exporter leur savoir. C’est bien beau d’avoir ici des succursales d’entreprises françaises, australiennes et autres. Mais elles n’exporteront pas notre savoir-faire sur une base régulière et importante, elles vont juste satisfaire le marché local. C’est ce que François Legault appelle une économie de succursales.

Le Québec peut faire bien mieux que cela.

Le gouvernement devrait collaborer de son côté. Effectivement, il y avait aussi des affairistes dans d’autres bureaux de professionnels au service du gouvernement, et ce n’est pas uniquement l’enthousiasme qui faisait en sorte que tous les associés d’une étude légale donnaient en même temps le maximum à la caisse électorale. Il y avait un dénominateur commun à ces pratiques: il s’agit de nos très chers politiciens.

Ils devraient eux aussi, eux surtout, travailler à reconstruire ce qu’ils ont contribué largement à détruire!

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