Réflexions sur les maux du génie québécois : Analyse et solutions

Publié le: 24 avril 2015

Classé sous: Gouvernance

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Par Sid Zerbo, ing. FIC

Préambule

Cet article découle exclusivement de mes réflexions  personnelles comme ingénieur. Il n’engage nullement le Conseil d’administration de l’Ordre des ingénieurs, ni l’actuel Comité Exécutif dont je fais présentement partie et dont je partage loyalement et solidairement toutes les décisions prises depuis juin 2014.

Un mal profond ronge le génie Québécois

Il est indéniable que, depuis la chute du viaduc de la Concorde le 30 Septembre 2006, et ensuite suite à la création de la Commission Charbonneau le 9 Novembre 2011, la réputation  des ingénieurs a baissé considérablement auprès de la population, et, par ricochet, la statut du génie Québécois a été sérieusement malmené. Comme disait Senghor l’académicien, dans son poème Au Gouverneur Éboué, nous fûmes ‘’vendus à l’encan, moins cher que harengs et il ne nous reste que notre honneur’’

Sans pour autant revenir sur le passé, qui de toute façon ne peut être changé, il y a lieu de se demander comment remonter la pente. En théorie, la solution implique une fierté renouvelée, à propager d’abord parmi les nôtres, et ensuite dans la population. Présentement nous sommes vulnérables aux attaques médiatiques, souvent basées sur l’amalgame et les demi-vérités, car il n’y a plus de véritable solidarité dans la profession. C’est donc à tous et à chacun de devenir de nouveau les ambassadeurs du génie québecois.

La gouvernance, un élément clé

Pour que la condition ci-haut mentionné puisse se produire, soit que tous les ingénieurs se fassent les ambassadeurs de la profession, il faut néanmoins que toutes nos instances, et notamment l’Ordre des ingénieurs, l’Association de Défense des intérêts des ingénieurs et le Réseau des ingénieurs, exercent un leadership positif; chacune, bien évidemment, dans le cadre de sa mission, sans empiéter sur les prérogatives des autres.

En effet, quel exemple ces organisations peuvent-elles donner si elles ne se communiquent pas entre elles, voire, pire encore, si elles se chamaillent sur la place publique ! L’heure est grave et le sens de responsabilité de chaque administrateur de chacune de ces entités doit être mis à contribution.  La maitrise des outils de gouvernance doit donc devenir pour chaque administrateur une deuxième nature, faute de quoi notre capacité de nous autogouverner risque fort d’être remise en question, autant par les ingénieurs eux mêmes, que par le gouvernement.

Bien évidemment, non seulement tous les administrateurs doivent être réceptifs à la nécessité d’effectuer le changement de culture requis pour faire de notre profession un phare d’innovation et de fierté professionnelle au service du public, mais, en plus, il est désormais essentiel qu’ils acquièrent davantage de connaissances en gouvernance. Le système de sélection des administrateurs basé sur les élections est excellent en termes de représentativité et il n’a pas à être remis en question; mais encore faut-il être conscient du fait que les élus peuvent avoir des faiblesses en termes de compétences et que c’est à eux d’y remédier.

Des méthodes éprouvées

À titre d’exemple, ici même au Québec, nous avons un expert de renommée internationale en gouvernance stratégique et créatrice de valeur: M. Yvan Allaire, Ph.D  Sa définition de la gouvernance est particulièrement percutante: ‘’L’enjeu fondamental de la gouvernance se précise clairement : Comment un petit groupe de personnes (travaillant à temps partiel) peut-il réussir à superviser, contrôler et orienter les dirigeants d’une organisation à prendre les décisions stratégiques et à protéger et promouvoir les intérêts de ses commettants. »

Il faut aussi noter le très vaste champs d’étude de M. John Carver, le fondateur de la ‘’Policy Governance’’ ou  »gouvernance par politiques » en français. Contrairement aux approches généralement utilisés par les conseils d’administration, la gouvernance par politiques sépare les objectifs organisationnels (fins) de toutes les autres questions gérées par l’organisation (moyens), en plaçant l’accent sur les objectifs. L’évaluation de la haute direction doit donc être faite exclusivement sur la base des objectifs atteints, sauf si des actions posées violent les normes préétablies en matière de prudence et d’éthique.

L’étude des enseignements de ces auteurs, ainsi que d’autres, comme ceux du Trust Management Institute, permettrait aux administrateurs en poste de ne pas refaire les mêmes erreurs qui ont été faites dans le passé récent, d’autant plus que, dans la situation actuelle, la profession ne peut plus se permettre de faux pas.

Par ailleurs, notre microcosme comporte désormais trois organisations qui, même si elles sont toutes sans but lucratif, ont des missions et des objectifs totalement différents. Or, il est facile de perdre de vue cet élément lorsqu’on est en pleine action, et c’est là que des des débordements de mission ont lieu, avec toutes les frictions, voire les litiges, qui viennent à la clé. Ce genre de dérive doit être désormais proscrite, car on ne peut être perçu comme un leader, ni par les ingénieurs, ni par la population, lorsque l’on pose des gestes qui sont carrément perçus par les non-initiés comme des enfantillages.

Enfin, il faut comprendre qu’on ne peut parler de gouvernance d’une PME comme on parle de gouvernance d’un ordre professionnel ou de celle d’une association à caractère syndical. En ce qui a spécifiquement trait à l’OIQ, il faut aussi comprendre que gouverner un Ordre Professionnel implique aussi une connaissance intime des lois du système professionnel et des règlements de l’Ordre, une compréhension des pouvoirs, mais aussi des limites de ces pouvoirs, de l’Office des Professions du Québec, ainsi qu’un sens de la justice poussé. Ce dernier élément est fondamental, puisque, comme le dicton l’affirme,  »la justice doit être aveugle », et il faut absolument éviter qu’il puisse se créer, à tort ou à raison, la perception dans la population que les ingénieurs haut placés puissent bénéficier de passe-droits.

 

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