SNC-Lavalin dans des beaux draps

Publié le: 20 février 2015

Classé sous: Génie conseil

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Giuseppe

Par Giuseppe Indelicato, ing.

Comme si SNC-Lavalin n’avait pas assez de problèmes comme ça, voilà que la GRC s’en mêle aussi. La firme est notamment accusée  « d’avoir « donné, offert ou convenu de donner ou d’offrir » à une société libyenne « un prêt, une récompense ou un avantage de quelque nature que ce soit d’une valeur de 47,7 millions de dollars ou plus » afin de la convaincre d’utiliser sa position pour favoriser l’entreprise québécoise. Elle aurait également « frustré » des sociétés libyennes d’une somme de 129,8 millions de dollars au cours de la même période. »   Ces événements qui remontent à la période 2001 à 2011, reviennent hanter la firme suite à la chute du dictateur Mouammar Kadhafi, chute qu’elle n’avait manifestement pas prévue, et qu’elle avait probablement même tenté d’empêcher.

 

Faire des affaires dans certains pays du tiers monde

La question se pose  à savoir s’il est possible de faire des affaires dans des pays du tiers monde sans recourir à de tels procédés. Autant il est inadmissible de donner des enveloppes brunes pour obtenir des contrats publics au Québec et au Canada, comme s’il assagissaient de républiques de bananes quelconques, autant il est difficile d’imposer des normes d’éthique acceptés par tous les pays à l’international.

En particulier, si l’on impose aux firmes québecoises et canadiennes de faire des affaires à l’international selon des critères d’intégrité et de transparents stricts, alors que des firmes chinoises, américaines ou françaises, pour ne nommer que celles là, ne seraient pas tenues aux mêmes standards, il est clair que nos firmes n’obtiendront plus jamais de contrats.

Par ailleurs, si l’on tolère des exceptions, on ouvre une boîte de Pandore, car l’on ne sait pas qui a payé qui, pourquoi, et quel usage est fait de  »’l’argent sale ». En effet, dans ces milieux, personne n’émet des reçus officiels…avec la conséquence que tous ceux qui contrôlent les flux monétaires, incluant les employés des firmes, peuvent se servir allègrement.

 

Problème insoluble alors?

La véritable solution serait bien évidemment une entente internationale, mais dans l’attente, une  solution intermédiaire existerait. Elle serait certainement considérée un anathème par les gouvernants actuels, inféodés comme ils sont par des puissants lobbys, mais elle aurait l’avantage d’empêcher  la propagation du virus de la corruption à l’interieur du pays.

Elle consiste à déléguer les négociations pour ce genre de contrats à une agence gouvernementale dont la comptabilité ne serait pas publique, mais serait par contre sous la stricte surveillance du vérificateur général. Au bout des négociations, en cas d’obtention du contrat, la firme saurait entre autres quel serait le montant de  »pots-de-vins » à payer (qui seraient bien évidemment appelés autrement), mais ne saurait rien sur qui aurait reçu de l’argent ni pourquoi. Les cadres de la firme ne seraient donc pas impliqués dans ce genre de négociations (et ne pourraient donc pas en profiter personnellement), et ceux qui ferait physiquement le travail, dont beaucoup d’ingénieurs, ne pourraient être accusés à tort de malversations.

 

Les interventions du gouvernement du Québec et de la Fédération des Chambres de Commerce

Le gouvernement provincial, par la bouche du ministre Jacques Daoust, a encore une fois perdu une excellente occasion de se taire. Au lieu d’attendre que la justice suive son cours, il fait de l’ingérence. Pas très édifiant, ni très efficace sur les juges fédéraux, à moins que le but en était un de relations publiques, soit de montrer aux milieux des affaires que le gouvernement est toujours de leur coté, peu importe que la cause en question soit moralement défendable ou non.

Enfin, la présidente de la fédération des chambres de Commerce Françoise Bertrand joue encore le catastrophisme, qui en réalité est une façon sournoise de reproposer le « chantage aux emplois ». Or, la question que comme société on devrait tous se poser devrait être « comment garder et augmenter le savoir-faire en ingénierie au Québec » et non pas « comment sauver des structures peu importe qu’elle soient saines ou non, et peu importe qu’elles soient obsolètes ou non ». Si SNC-Lavalin devenait plus petite et plus efficace, mais en même temps donnait naissance par essaimage ( »spin-off ») à de nouvelles firmes gérées par des véritables ingénieurs, et non pas par des  »développeurs d’affaires à la morale flexible », le génie québecois ne s’en porterait que mieux.

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2 Responses to SNC-Lavalin dans des beaux draps

  1. charduf charduf dit :

    SNC-Lavallin accusée de corruption. Comment en sommes nous rendus là ?

    Pour bien comprendre, il faut remonter de nombreuses années en arrière. Il y a bien des années, SNC et Lavallin étaient des entreprises indépendantes. Un jour Lavallin est tombée en difficultés financières et pour la sauver, l’état québécois demanda à la Caisse de dépôt et de placement d’intervenir. Celle-ci organisa la fusion de SNC et de Lavallin et devint l’actionnaire principal de ce nouveau géant de l’ingénierie.

    Le sauvetage fait, il fallait payer les dettes et donner à la Caisse de dépôt les rendements requis pour assurer les retraites des québécois. Ceci a demandé une forte croissance des ventes et de la rentabilité. Comme par hasard est apparu durant cette période à l’Ordre des ingénieurs une foule de changements qui ont affecté l’existence des petits bureaux d’ingénieurs en cabinet privé dont les assurances responsabilités et santé monopolistique. SNC-Lavallin a connue une formidable croissance mais cela n’était pas suffisant. SNC-Lavallin s’est donc lancé à l’international. En tant que nouveau joueur elle a due se tourner vers les marchés émergeant et ces marchés ont demandé des pratiques d’affaires inacceptable au Québec mais normale dans ces pays. On en connaît les conséquences.

    Ceci étant dît, il est surprenant que les comptables et surtout les analystes de la Caisse de dépôt et des autres investisseurs investisseurs institutionnels n’aient rien vu, rien entendu sur les pratiques requises et faites pour obtenir les contrats à l’étranger. Aucun avocat n’a rien remarqué d’anormal dans les contrats et aucun financier n’a remarqué quoi que se soit dans les montages financiers requis par ces projets. Aucun gestionnaire de haut niveau n’a rien vu ou rien entendu non plus et aucun échanges n’a eu lieu avant d’autoriser des projets de plusieurs millions à l’extérieur du Québec.

    On comprendra que dans cette tourmente, on essaie de sauver les meubles de biens nantis qui n’ont pas respectés les règles en accusant les ingénieurs de tous les maux de la terre.

    Ceci étant dît, on ne peut changer le passé mais on peut changer l’avenir. Une porte de sortie pour SNC-Lavallin serait de se placer volontairement sous tutelle de l’état comme par exemple l’AMF. Si on peut mettre une ville comme Laval sous tutelle, on peut avec l’accord de son CA, mettre une entreprise en tutelle.

    Pour ce qui est du marché de l’ingénierie au Québec, il faut mettre en place des règles pour s’assurer d’avoir une saine compétition. Dans cette optique, l’Ordre des ingénieurs a un grand rôle à jouer. Il faut supprimer les assurances monopolistiques dont des privilégiés en sont exemptés afin de mettre tous les joueurs sur le même pied. Il faut permettre aux ingénieurs de s’incorporer avec le moins de contraintes possibles. Pour obtenir ces changements, il faut simplement continuer de renouveler le conseil d’administration de l’Ordre des ingénieurs du Québec, par le biais des élections au CA, car la vieille équipe du CA s’est trop impliquée dans les règlements qui ont nuit et détruit la compétition en ingénierie au Québec. C’est par le vote qu’il faut renouveler notre profession.

    Roger Dufresne, ing,

  2. Giuseppe Giuseppe dit :

    Le Parti Québécois accuse aussi le ministre Jacques Daoust d’ingérence, mais de façon moins claire afin de ne pas donner l’impression de vouloir défendre l’autonomie des cours fédérales…

    http://www.journaldemontreal.com/2015/02/26/snc-lavalin-le-pq-accuse-daoust-dingerence

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