Un triumvirat ?

Publié le: 15 septembre 2015

Classé sous: Messages

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Depuis quelques mois plusieurs personnalités connues  parlent de favoriser un rapprochement entre les trois organisations qui se réclament pertinentes à la profession d’ingénieur:  l’OIQ, l’Association et le RéseauIQ.

En particulier, l’ancien président de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Robert Sauvé, ing. a, lors de sa tournée dans les différentes régions du Québec, indiqué que chacune avait un rôle complémentaire à jouer. Il souhaitait donc enterrer les différends historiques entre certaines d’entre elles pour le bien de la profession. Cette position a été réitérée par l’ancien vice-président de l’OIQ, Sid Zerbo, ing. dans les colonnes de ce même site, dans un article nommé  »Réflexions sur les maux du génie québécois : Analyse et solutions ». Enfin, Yves Lavoie, ing. actuel président du RéseauIQ jusqu’à la fin novembre de cette année (d’après les nouveaux règlements de cette organisation il ne pourra plus se représenter ensuite, même comme simple administrateur) a exprimé souhaiter une collaboration entre les trois organisations lors d’une de ses interventions à l’assemblée générale de l’OIQ en juin dernier.

Alors pourquoi l’Association ne s’est pas encore prononcée sur cette question?

L’Association est née comme organisme totalement indépendant voué à la défense des intérêts de ingénieurs. Elle n’a pas des contraintes politico-légales, comme c’est le cas de l’OIQ qui doit se rapporter à l’Office des Professions, ni de contraintes commercialo-financières puisqu’elle elle ne dépend pas d’un partenaire (La Personnelle) pour presque la moitié de ses revenus, comme le RéseauIQ. Elle est donc dans une situation privilégiée et peut accomplir sa mission sans limitations.  

Cela étant dit, et dans la mesure où cela n’impliquerait pas de quelconques compromis son indépendance, sur sa liberté d’action  ou sur sa raison d’être, l’Association n’a aucun problème à envisager des collaborations avec d’autres organisations qui l’approcheraient sur la base de proposition concrètes et constructives.

Certes, peu importe les discussions qui auront lieu, l’Association continuera à agir comme contrepoids à l’OIQ lorsque l’un de ses membres fera face à un abus bureaucratique, et continuera à propager des solutions pour aider les ingénieurs à garder leur titre de la façon la plus efficace et au meilleur coût possible. Cependant, l’on peut espérer que dans l’avenir ce genre de situation se produira moins souvent, puisque  l’actuel président de l’OIQ, M. Jean-François Proulx, ing. est issu du même mouvement philosophique, le GROLO (Groupe pour remettre de l’Ordre à l’Ordre), qui a été à l’origine de la réflexion qui a mené à la création de l’Association. Ceci permettra éventuellement une réorientation d’une bonne partie des énergies de l’Association vers les grands dossiers socio-économiques d’intérêt pour la profession.

La question des missions respectives

Lors d’éventuelles discussions la question des missions demeura difficile à gérer, car tant que les missions ne seront pas clairement définies et surtout respectées, les zones d’ambigüité existantes créeront inévitablement des frictions entre les différentes organisations, et auront tendance à saper l’esprit de corps de toute la profession. En particulier:

  • Selon l’article 23 du  Code des professions, la mission principale de l’OIQ, comme celle de tout ordre professionnel, est la protection du public. Dans la pratique, cela consiste à s’assurer que les ingénieurs aient les compétences initiales pertinentes (rôle de l’admission), demeurent compétents (rôle de l’inspection professionnelle), agissent de façon éthique (rôle du bureau du syndic) et que des personnes qui n’ont pas les qualifications requises soient sanctionnées si elles posent pas des actes réservés de par la loi aux ingénieurs  (rôle du département de la pratique illégale). Accessoirement, et en appui aux activités précédemment mentionnées , l’Ordre peut  (mais non pas  »doit ») règlementer certains aspects, comme la formation ou la conformité  des polices d’assurance responsabilité. Toutes les autres activités de l’OIQ, dont notamment l’offre de services aux membres, ainsi que l’intervention dans les médias allant au delà des questions ayant trait à la protection du public, empiètent non seulement sur la mission d’autres organisations, mais  affectent aussi la crédibilité de l’OIQ vis-à vis de la population et diminuent les ressources disponibles pour s’occuper de la mission véritable. 
  • La mission du ReseauIQ est de  »valoriser, promouvoir et servir l’ingénieur », alors que sa vision est  »d’être le réseau incontournable, qui relie et rassemble les ingénieurs au Québec en leur donnant de la valeur ». Au delà de ces mots quelque peu vagues, dans la pratique le ReseauIQ fait la promotion des produits d’assurance de La Personnelle, des services bancaires de la Banque Laurentienne ainsi que des services de quelques autres partenaires commerciaux, et ce, en échange de ristournes. En ce qui a trait à la formation, il y a effectivement une offre (passablement chère), mais il y a aussi la promotion de formations offertes par d’autres institutions (elles aussi passablement chères). Bref, les administrateurs du ReseauIQ ont définitivement choisi de limiter le rôle de l’organisation à faire du marketing, comme démontré par le fait que pendant toute la période au cours des dernières années où  la profession a été constamment mise sur la sellette à la Commission Charbonneau, que les emplois et le statut des ingénieurs ont été malmenés comme jamais auparavant et que des bénévoles remettaient en cause des décisions catastrophiques de l’establishment alors au pouvoir à l’OIQ, le ReseauIQ était parfaitement absent de la place publique. Il y a manifestement décalage, voire contradiction, entre la mission déclarée et les gestes posés.

Des reformes nécessaires

En plus des raisons mentionnées auparavant l’OIQ ne peut continuer à offrir directement ou indirectement des services aux membres, pour cause de conflit d’intérêts. En effet, lorsque l’Ordre offre des services dans des secteurs qu’il règlemente (assurance responsabilité professionnelle, formation, etc.) il crée artificiellement un besoin auprès de ses membres qu’il veut satisfaire lui-même au prix et aux conditions qu’il édicte. Par ailleurs, même lorsqu’il offre des services dans des domaines qu’il ne règlemente pas (services bancaires, assurance auto-habitation, etc.) il demeure une apparence de conflit d’intérêts, puisqu’il génère des revenus financiers auprès de la même clientèle qu’il est supposé encadrer et superviser. C’est un peu comme si la Société de l’Assurance automobile du Québec (SAAQ) décidait de vendre de la crème glacée sur le bord des autoroutes pour renflouer ses coffres…

L’Ordre doit aussi baliser de façon claire ce qu’il entend par protection du public, soit où cela commence et où cela s’arrête. Faute de ce faire, ce concept sera continuellement interprété de façon différente par les différents élus et directeurs généraux qui se succèderont, créant ainsi de la confusion dans l’esprit du public, des ingénieurs, et des organisations avec lesquelles il fait affaire. En fait les litiges avec le RéseauIQ découlent en grande partie de la volte-face de l’OIQ  sur l’interprétation de sa propre mission pendant le règne de l’ancien establishment.

Pour ce qui est du ReseauIQ, il est clair qu’une refonte de la mission et de la vision est plus que nécessaire, de façon à clarifier une fois pour toutes que sa mission est purement commerciale

Enfin, toute la question se pose sur comment gérer les Comités régionaux, héritiers des anciennes sections régionales dissoutes par l’OIQ  il y a deux ans. Il est clair que ces comités régionaux, comme les sections régionales précédemment, ne peuvent jouer un rôle au niveau de la protection du public, car  les bénévoles ne peuvent assumer des responsabilités prévues par la loi sans formation adéquate et sans juste compensation, et ne veulent jouer un rôle de promotion des services pour l’Ordre ou pour le RéseauIQ, car les bénévoles ne s’impliquent pas pour agir ensuite comme vendeurs. Là où les bénévoles excellent est dans le réseautage et dans la promotion de la profession auprès des jeunes dans leur région, et ils ne demandent qu’un peu d’encouragement ainsi qu’une structure plus juste et stable pour se ré-impliquer à fond, comme mentionné dans l’article intitulé  »Réflexion sur la représentation des ingénieurs en region » écrit par l’ancien président de la section régionale de Québec François Rheault. Le point de vue de l’Association est que l’avenir des Comités régionaux ne peut passer par une approche bureaucratique visant à les enrégimenter, mais plutôt à en assurer le financement par des structures qui leur laissent une pleine autonomie.

Conclusion

Les reformes nécessaires mentionnées ci-haut, souhaitables dans l’optique d’une collaboration éventuelle entre l’OIQ et l’Association, et ensuite, le cas échéant, entre les trois organisations, doivent être menées dans les seuls buts de:

  • Aider les ingénieurs à pour améliorer leur réputation et leur statut dans la société, ainsi que leur revenus. Pour ce qui est de la réputation, l’important est que l’OIQ se concentre sur sa mission, notamment en sortant de la profession les individus qui ne respectent pas le code de déontologie, et en faisant des interventions publiques, mais juste sur des sujets où la protection du public est clairement en jeu. Pour ce qui est du statut et des revenus, c’est plutôt le rôle de l’Association d’intervenir publiquement, d’autant plus que  toute incursion de l’Ordre sur ces aspects sera vue avec suspicion par le public.
  • Diminuer significativement les coûts que les ingénieurs doivent encourir pour satisfaire leurs obligations (primes d’assurance responsabilité, prix des formations, etc.). Pour ce faire, l’Association continuera, comme par le passé, à donner l’heure juste sur les différents aspects ayant fait exploser le coût d’être ingénieur, permettant ainsi que des solutions à l’avantage des membres, et non pas à l’avantage des fournisseurs de services ou des organisations elles-mêmes, soient finalement retenues. Il faut éradiquer un fois pour toutes l’esprit mercantile visant la croissance de la taille des organisations au détriment de la réalisation de la mission et revenir à la transparence et l’efficacité.

Si tout le monde agit de bonne foi, on peut y arriver.

 

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